Culture Petite enfance Sciences

Lorsque la vie de famille devient digitale

Par Laura · 16 janvier 2019 · Aucun commentaire

Ecrit par Laura

Avec l’essor des réseaux sociaux et d’internet, de nouvelles modes apparaissent. L’une d’elle est le « Sharenting » qui consiste, pour les parents, à partager des photos de leur enfant dès leur plus jeune âge. Cette pratique, de plus en plus répandue peut cependant nous interroger. La société faireparterie a réalisé, face à ce constat, une étude sur la digitalisation de la vie familiale, sujet très présent dans l’actualité..

Une empreinte numérique avant même d’en avoir conscience

Le « Sharenting » consiste, pour les parents, à poster des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux et sur internet. Ce terme vient du regroupement de deux mots anglais « share » (partager) et  » parenting » (être parent).

La société faireparterie a mené une étude sur la digitalisation des familles, sur le rapport des parents à Internet et aux écrans et sur celui de leurs enfants. Pour ce faire, elle a interrogé, à l’aide de l’institut de sondage GECE, 1011 parents d’enfants âges de 0 à 7 ans. Cette étude, m’a poussé à m’interroger sur ce sujet, c’est pourquoi je souhaiterai partager avec vous ce sondage ainsi que les réflexions qu’il m’a apportées.

Lors de la rédaction de cet article, j’ai eu la chance de pouvoir interroger deux des personnes ayant travaillé sur l’étude. Elles ont acceptés de répondre à mes questions afin de pouvoir mieux comprendre le sujet.

J’ai ainsi pu savoir par exemple, que « Les parents interrogés font partie d’un panel diversifié mêlant plusieurs classes sociales, contactés par l’institut Gece. Leur caractéristique commune est qu’ils ont tous un ou plusieurs enfants de moins de 8 ans. Quant aux classes sociales, nous avons 52 % de PCS -, 29 % de PCS+ et 19 % d’inactifs. La majorité des interrogés ont entre 30 et 44 ans. »

Une image présente avant la naissance

Aujourd’hui, les parents sont hyperconnectés : 92% déclarent utiliser internet tous les jours et 52% être accro à internet. Cette hyperconnexion les poussent à partager leur bonheur d’être parent avant même la naissance de leur enfant.

Mais malgré ce que l’on pourrait pensé, l’annonce d’une grossesse sur internet n’est pas la plus fréquente. En effet, 81% des personnes préfèrent l’annoncer en personne et 37% par téléphone.

Les enfants sont parfois présents sur les réseaux dès l’échographie.

Les femmes sont plus adeptes d’internet que les hommes pour annoncer leur grossesse. 20% d’entre elles, le font en publiant une photo de leur échographie sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook. Beaucoup d’enfants se retrouvent donc avec une empreinte numérique avant même de naître.

De même, de nombreuses naissances sont annoncées sur facebook, parfois avec une photo de l’enfant quelques heures après sa naissance. Cela est du à la banalisation des réseaux sociaux, devenus une habitude et par le fait que les écrans font désormais partie intégrante de la vie de ces familles. La plupart des annonces se font, néanmoins, en personne (81 %) ou par téléphone (37 %) malgré la distance.

Qu’en est il de la vie privée ?

Face à cette banalisation du partage de photos d’enfants, de nouveaux débats voient le jour, notamment celui de la protection des données. Vous avez certainement entendu parlé de cette affaire ou un adolescent de 16 ans a porté plainte contre sa mère, ne supportant plus que celle ci poste des photos de lui sur les réseaux sociaux contre son accord. En effet, la question de la vie privée des enfants et de leur empreinte numérique est au coeur de nombreux échanges.

L’empreinte numérique est l’ensemble des traces laissés, volontairement ou non, par un utilisateur sur le web.

Suite à ces débats, un règlement général de la protection des données à vu le jour dans l’Union européenne. « Il propose une réforme de règles quant à la protection des données et protège les données des citoyens de l’UE, ainsi chacun est en mesure de décider de l’usage faite de celles-ci. Le site de la CNIL explique en détail les domaines d’applications du texte. »

Les réseaux sociaux

En effet, de nombreux enfants se retrouvent chaque jours affichés sur les réseaux sociaux. Beaucoup de ces enfants ne sont surement pas au courant que leur vie privée est diffusée, partagée parfois au monde entier. Parmi ceux qui ont donné leur accord, combien sont au courant de tout ce que cela peut impliquer et engendrer ? En effet, une photo postée sur internet va être conservée sur des serveurs, peut être détournée, Photoshopée, vendue, diffusée… La plupart des enfants sont trop jeunes pour comprendre et avoir conscience de tous les enjeux de cette problématique.

Certains parents choisissent de ne pas montrer le visage de leur enfant

Aujourd’hui, certains parents, sensible à la protection de l’image de leur enfant, font le choix de ne publier que des photos où son visage est caché. Cela peut se faire par l’utilisation de smiley, de flous des photos de dos, de mains,… Cette pratique concerne actuellement 13% des parents ayant répondu à cette étude. Deux tiers des parents publient le visage de leur enfant, certains les utilisent également en photo de profil.

Moins répandues pour les enfants de moins de 1 an, la publication des photos d’enfants augmente avec l’âge de ces derniers. Elle est également plus répandue chez les parents de moins de 30 ans, qui ont souvent baignés dans ces nouvelles technologies dès leur enfance, et plus particulièrement chez les femmes.

Mais ce partage d’image ne vient pas forcément des parents. En effet, l’étude montre que 29% des parents autorisent des proches et de la famille à publier les photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Et même lorsque ce n’est pas le cas, il peut arriver qu’un proche (famille ou ami) publie, sans forcément penser à demander aux parents, la photo d’un enfant prise lors d’un moment passé avec lui, avec d’autres personnes, lors d’un événement,… Globalement, les parents sont vigilants à garder le contrôle de la diffusion de l’image de leur enfant : 71% d’entre eux refusent que d’autres publient les photos de leur enfant.

Un sujet parfois laissé de coté

Si ce sujet est au coeur de nombreux débats à tous les niveaux, il est parfois oublié par de nombreuses familles.

En effet, 73% des parents interrogés ont déclarés ne jamais avoir pris le temps d’échanger sur ce sujet avec leur conjoint, leurs amis ou encore leur entourage. C’est pourtant, selon moi, une discussion importante à avoir entre les deux parents de l’enfant et à transmettre à ceux qui prennent des photos de l’enfant. La protection des données privées de l’enfant ou leur diffusion est une décision qui doit se prendre conjointement pour les deux parents.

Pour ma part, c’est une discussion que j’ai eu avec mon conjoint avant même la naissance de notre enfant et lorsque l’un de nos proche prend une photo de notre fille nous lui précisons de ne pas la publier sur des réseaux sociaux. Il m’est arrivé de poster quelques photos d’elle (souvent de dos) mais il est pour moi primordiale d’obtenir l’accord de son père pour cela et de partager notre décision aux autres afin de pouvoir protéger son image.

Le cas des enfants « star »

Une médiatisation forcée par la naissance ou l’adoption

Je me suis également interrogée sur un cas particulier : celui des enfants de « stars ». Les enfants des familles royales, d’acteurs célébres, de personnalités, ….

Le plus souvent ces enfants sont médiatisés bien avant leur naissance. Dès la grossesse, leur arrivée est suivie, attendues par des personnes du monde entier. Dès leur naissance ils sont photographiés, filmés, diffusés à outrance sur les réseaux sociaux, les médias télévisuels, la presse,… Leur médiatisation a lieu dès les premiers instants de leur vie. En grandissant elle fera partie de leur quotidien. Cette pratique n’est certainement pas un choix de l’enfant, parfois ce n’est peut être même pas celui de leurs parents mais de leurs familles, de la société.

Quelles en sont les conséquences pour les enfants sur du cours et du long terme ? Cette hyper médiatisation en les pousse t’elle pas à grandir trop vite, toujours sur le regard des caméras ? Leur laisse t’on le temps et l’espace d’être des enfants ? Où se situe la limite entre le partage de photos choisies et le voyeurisme ?

J’ai demandé à l’une des Content Marketing Manager de Faireparterie ce qu’elle en pensait. Elle m’a répondu que « Notre enquête ne répond malheureusement pas à la question. Aussi, dans ce cas spécial, la médiatisation étant (presque) inévitable, il est plutôt question de comment accompagner ces enfants à travers cette épreuve. »

Du magazine aux affiches grands formats

On peut également se poser des questions sur les enfants des magazines. Pris en photos dès leur plus jeune âge, affichés dans les magazines, parfois sur des affiches, des réseaux sociaux, à la télé,…. Si cela peut être un jeu pour les plus grands, les plus jeunes ne sont certainement pas encore en mesure de donner leur consentement, même s’ils sont souvent rémunérés. C’est pourtant leur image qui est diffusée et parfois conservée.

J’ai également parlé de cette idée à mon contact qui m’a répondue que « Dans la majeure partie des cas, la vie privée de ces enfants reste préservée. Leurs dates de naissance, généalogie, préférences, premiers mots et toutes leurs données personnelles ne sont pas dévoilés avec la photo. Ces photos ne forgent donc pas leur identité numérique. » Ce qui nous permet de mieux cerner ce concept de digitalisation.

Internet comme aide à la parentalité

Internet n’est pas simplement utilisé par les parents pour diffuser des photos de leur enfant. De nombreux parents déclarent s’en servir également comme un véritable soutien à la parentalité.

46% des parents interrogés déclarent se sentir mieux informés sur l’éducation de leurs enfants grâce à internet. Aujourd’hui, les réseaux sociaux, blogs, pages et articles consacrés aux enfants et à la parentalité se multiplient. De nombreux parents mais également des professionnels de la petite enfance (assistantes maternelles, éducateurs de jeunes enfants) y partagent leurs expériences, leurs idées de jeux, de créations, recettes ou encore leurs techniques miracles ou conseils.

J’ai demandé si l’étude avait des exemples de sites sérieux sur le sujet afin de guider les parents.

« Internet reste une ressource extrêmement intéressante, où chacun peut s’informer et se connecter aux autres. Grâce aux blogs, forums et autres sites sur la parentalité, de nombreux parents se sentent moins seuls.Voici une selection de site de spécialistes et d’organismes s’exprimant sur la question de l’enfance et du numérique :

Les parents se sentent plus informés que les générations précédentes et aidés par internet à être de meilleurs parents. Cela traduit également le besoin de conseil et de ressources de ces nouveaux parents.

Mais cela peut induire des écart générationnels par rapport à leurs propres parents. Combien d’entre eux prennent également le temps d’écouter les conseils de leurs parents, les « conseils de grand mère » qu’on ne trouve pas dans les livres mais parfois bien efficace. Il est selon moi, nécessaire d’être vigilant à ce que ces écarts n’entraînent pas une rupture des échanges, voire pire, des conflits à cause de désaccords sur des conseils des générations précédentes.

Lorsque les écrans se démocratisent

Des écrans de plus en plus présents

Les écrans font désormais partie de notre quotidien : téléphones, télés, jeux, musique, communication : ils sont le supports de nombreux aspect de notre vie quotidienne et s’ancrent dans la vie familiale. De nombreux enfants les utilisent quotidiennement et la majorité d’entre eux le font de façon encadrés par leurs parents.

Aujourd’hui 89% des enfants de moins de 8 ans utilisent un écran tactile. La majorité le font sur des tablettes classique ou des smartphones. Seulement une minorité d’enfants utilisent des tablettes pour enfant. Cette utilisation nécessite d’être encadrée et surveillée par les parents et les supports paramétrés en amont avec des protections parentales.

Les enfants utilisant les écrans sont majoritairement ceux de plus de 6 ans mais quelques enfants de moins de 2 ans y ont accès. J’ai déjà évoqué ce sujet et les recommandations de professionnels petite enfance lors de mon article sur les enfants et les écrans.

Elsa Job-Pigeard, Orthophoniste et co-fondatrice de l’association « joue pense parle. » nous alerte sur cette pratique :

« Avant 3 ans, pas d’écran : le jeune enfant a besoin de tout son temps et de toute son attention pour découvrir et comprendre le monde avec ses 5 sens et un adulte disponible à ses côtés. Après 3 ans, le parent est le garant de la variété du jeu, des échanges, des sollicitations qui nourrissent la pensée et l’imaginaire. Tout comme une alimentation variée est indispensable à la bonne santé du corps. Entre 3 et 10 ans, le temps d’exposition aux écrans ne devrait pas dépasser 10 à 20 % du temps libre de l’enfant. »

On constate aujourd’hui que de plus en plus d’enfants sont désireux de s’inscrire sur les réseaux sociaux, et cela de plus en plus jeunes (parfois même avant 8 ans).

Plus les enfants grandissent, plus le temps qu’ils passent devant un écran et leur utilisation va se diversifier et augmenter.

Un autre phénomène est apparu, celui de l’utilisation d’écran comme un apprentissage nécessaire. En effet, certains parents incitent leurs enfants à les utiliser un minimum afin que ceux ci ne se retrouvent pas en marge, déconnectés et en retard sur les autres au niveau de l’apprentissage du numérique.

Des parents conscients des risques

Le plus important dans l’utilisation des écrans chez les enfants est pour moi la prévention, le contrôle pour la protection et le dialogue.

Aujourd’hui, la plupart des parents sont conscients des risques d’internet et de l’utilisation des outils numériques (tablettes, smartphones, internet,…). 97% des parents déclarent mettre des mesures en place pour protéger leurs enfants. La plupart passent par l’encadrement de l’accès aux écrans et d’internet.

Les informations sur les risques de surexposition aux écrans, notamment au niveau du langage et de la concentration, se transmettent de plus en plus. De nombreux parents y ont accès et sont attentifs à surveiller l’utilisation des écrans par leurs enfants. Beaucoup de parents sont également dans la prévention, que ce soit par un paramétrage de l’accès à internet ou par un dialogue avec leurs enfants sur les risques liés à l’utilisation d’Internet. Beaucoup d’enfants apprennent à avoir un usage plus sûr du numérique grâce à leurs parents ou à l’école.

Même si l’utilisation des écrans est de plus en plus fréquentes chez les enfants, les parents sont de plus en plus informés, conscients des risques et contrôlent, protègent de plus en plus leurs enfants dans cette utilisation. C’est une bonne nouvelle non ?

Suite à mon article sur les enfants et les écrans, la société faireparterie nous a contactés pour nous présenter son étude, réalisé à l’aide d’experts tels que Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste. C’est à partir de cette étude, et en lien avec eux, que cet article a pu être réalisé. Je souhaite les remercier une fois de plus pour ce partage et ces échanges.

Vous pouvez retrouver tous les détails et les diagrammes de cette études sur leur page.

Lire les articles précédents :
Orgie de sucre: Fin de la récréation

Nous avons tous entendu nos parents ou un adulte nous dire « Ne mange pas trop de sucre, c’est pas bon...

Fermer