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Culture Musique

« The Furnaces of Palingenesia », retour vers un futur en cendres

Par Ian · 20 juin 2019 · Aucun commentaire

Ecrit par Ian

Ce monde ne contient ni sens ni justice. C’est sur ces mots que débute le dernier album du groupe (collectif ?) Deathspell Omega, The Furnaces Of Palingenesia. Sorti le 24 mai 2019, l’objet distille un Black Metal incendiaire, brûlant d’un feu qui est celui des cendres quand il n’y a plus rien ou quand rien n’a encore eu lieu. Bien que toujours à l’avant-garde du genre, peut-on parler d’avant et d’après dans les fournaises de la palingenèse ?

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

You cannot even find the ruins… Après Paracletus (2010) et l’urgence de son déluge de feu médiéval forçant l’auditeur à se plier dans le Malconfort et le chaos céleste de The Synarchy of Molten Bones (2016), Deathspell Omega revient avec un album qui reprend la quintessence des œuvres précédentes.

Musicalement, on retrouve effectivement ces ruptures et ces dissonances dont le groupe a le secret. Cependant, contrairement à The Synarchy of Molten Bones l’ensemble est plus aéré avec, çà et là, des titres orientés mid-tempo (Ad arma! Ad arma ! ou Standing on the Work of Slaves) ainsi qu’un bel interlude en plein milieu de l’album – 1523qui n’est pas sans rappeler le titre Epiklesis présent sur Paracletus. On retrouve un sens du riff que l’on pouvait avoir perdu avec The Synarchy of Molten Bones et – osons le dire – The Furnaces of Palingenesia est un album relativement mélodique.  De plus, contrairement à ces dernières sorties, la production ici est beaucoup moins lisse, moins synthétique. Enregistré en live au studio Kerwax qui a la particularité de proposer des enregistrements analogiques « old school », ce nouvel opus offre un son organique, vivant, sale : humain. Ce choix n’est pas dû au hasard : il fait partie intégrante du « concept » de l’album.

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

Si musicalement la succession des titres peut ne pas présenter particulièrement d’unité (en apparence seulement car il y a par exemple clairement un fil conducteur mélodique dans ce triptyque que constitue 1523, Sacrificial Theopathy et Standing on the Work of Slaves), on ne peut pas en dire autant des paroles. On s’éloigne ici d’un satanisme métaphysique et d’un certain spiritualisme. Derrière l’apparente discontinuité des chansons se déploie un grand programme, une longue doctrine traitant de l’établissement d’une société autoritaire et inégalitaire, muée par une sorte de caricature de la dialectique du Maître et de l’Esclave : l’Ordre. Et rien ne doit s’écarter de l’Ordre. On s’éloigne du ciel que voulait atteindre Nimrod pour atterrir dans l’ici-bas de l’Histoire et du bas matérialisme. Univers dystopique que l’on retrouve par ailleurs dans le clip du titre Ad arma! Ad arma! , clip à la fois sobre et riche en symboles où l’architecture représentée n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de l’Histoire. Un « We » mystérieux est scandé obstinément par une obscure élite à la face de… L’individu ? De La masse grouillante ? Le texte est déployé avec rationalisme, lentement et logiquement. Il n’en est pas moins hermétique. Extraits choisis :

We will impose universal and unconditional love, so as to shatter the pillars of the past and let the very idea of family glide into oblivion. We will feed your children and turn your beds into a cold place; there shall be no retreat, no shelter from the great movement of History – Splinters from Your Mother’s Spine

To relieve the faint of heart of their weakness, we shall strip our adversaries of all humanity: they’re either vermin, rabid dogs, or abstract symbols, a function. They are nothing like us, no bonds can exist, they are an error of History waiting to be corrected. They are dead men walking, they’re already gone, a mere formality. Rejoice, we will build so much joy upon their bones! – Sacrificial Theopathy

Our doctrine is the one and only eternal truth. The indifferent shall be given a single chance to convert but the deviationist, he who once was saved and spat in the face of his brothers and sisters, shall be terminated. We will eradicate any shades of grey: we drew a partisan line and you shall stand either on its left or on its right. Everything is legitimate that at any given moment is useful to the Order.
The traitors ought to be punished but even those who are indifferent ought to be punished, you have to punish whoever is passive and dares not take sides. Whatever is outside the sovereign body of the Order is an enemy. Our holy duty is not to govern the City, nor the fight to gain power: it is the attainment of perfection on earth, the instauration of an Order so perfect as to last a thousand years and then forevermore. Therefore, anyone turning their backs on this blessed mission renounce their right to life. – Renegade Ashes

The leader, the man whose feet you crave to lick, trembling in awe, shall be the personification of the certitude of the creed and the defiance and grandeur of a power that will purify the world, born to last a thousand years, and whose beloved infant, the new Man, shall be the end of all. While we will pretend that there is but one leader, we will prepare a host of leaders, for every one of them is but one accident in a series. While the road is indeed straight, there is a multiplicity of
them.The roar of our flaming masses sounds like the voice of a God unleashed in fury. The face of the mass is as the face of the deep out of which, like God in times you are henceforth forbidden to speak about, we will bring forth a new world.We shall conquer the World at first by mastering and spreading the Word; we shall discredit the powers that are and instil doubt everywhere with flamboyant derision. We shall then fill our ranks with the fanatics, without whom there can be no new dawn, for they are masters of chaos and revel more in rubble than in blooming orchards. Finally, we shall make room for men of action, the dams of entropy, the bearers of the Law; they shall provide infinite supply of opiates to the souls of the restless masses and a sweet lullaby. – Absolutist Regeneration

Today we protect, tomorrow we abandon you. – Idem

Source : metal-archives

Finalement, la pochette de l’album aurait dû nous avertir : celui-ci aura la saveur des cendres d’une civilisation qui était ou qui n’est pas encore. Comment le savoir dans la renaissance perpétuelle de la palingenèse où même le fameux hic et nunc est mis à mal (« the here and now shall be torn down » – Neither Meaning nor Justice) ? Dans tous les cas, il n’y a plus rien, il n’y a rien encore – ni sens ni justice – et comme le rappelle la voix aride, la voix qui tente de se frayer un chemin parmi les cendres : You cannot even find the ruins…

 

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

Aller plus loin

– Mais Jammy c’est quoi le Malconfort ? C’est Camus qui en parle dans le roman La Chute :

 

« C’est vrai vous ne connaissez pas cette cellule de basse-fosse qu’au Moyen-Age on appelait le « Malconfort ». En général, on vous y oubliait pour la vie. Cette cellule se distinguait des autres par d’ingénieuses dimensions. Elle n’était pas assez haute pour qu’on s’y tînt debout, mais pas assez large pour qu’on pût s’y coucher. Il fallait prendre le genre empêché, vivre en diagonale; le sommeil était une chute, la veille un accroupissement.

Mon cher, il y avait du génie, et je pèse mes mots, dans cette trouvaille si simple. Tous les jours, par l’immuable contrainte qui ankylosait son corps, le condamné apprenait qu’il était coupable et que l’innocence consiste à s’étirer joyeusement. »

 

– La page metal-archives du groupe

 

– Le bandcamp du groupe

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