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Culture Séries

Coincoin et les Z’inhumains : Du X-Files dans les Hauts-de-France

Par Wanda · 30 janvier 2019 · 2 commentaires

Ecrit par Wanda

En 2014 est diffusée sur Arte la série P’tit Quinquin. Quatre ans plus tard, le réalisateur Bruno Dumont remet le couvert avec la seconde saison Coincoin et les Z’inhumains. Des phénomènes étranges ont lieu dans la campagne Boulonnaise, département des Hauts-de-France. Mais la Gendarmerie Nationale est là pour enquêter… Entre absurdité et second degré assumé, la série se démarque largement par son intelligence et sa poésie.

P’tit Quinquin, c’est comme ça qu’on l’appelle, le gamin à bec de lièvre un peu espiègle, qui n’a pas la langue dans sa poche. Il a « son Amour », c’est Eve, avec qui il vit une idylle pure de jeunes enfants. Tout semble paisible avec ces paysages bucoliques du Boulonnais, seulement voilà, des corps humains sont retrouvés mutilés, dans des vaches. Le commandant Van der Weyden et le lieutenant Carpentier enquêtent sur ce mal mystérieux qui ronge le pays.

La matière noire attaque / Source : Coincoin et les Z’inhumains

L’affaire suivante nous conduit à Coincoin et les Z’inhumains. Le p’tit Quinquin a grandi et est à présent l’adolescent qu’on appelle désormais Coincoin. Là encore, les deux compères gendarmes mènent l’enquête et cette fois ce n’est plus le Mal qui frappe, mais le néant, l’Apocalypse. Carrément. Il semblerait que des extra-terrestres menacent la population. Mais de quoi au juste ? De la glu tombe du ciel, une matière noire et vivante. Et bien d’autres choses encore, mais nous ne sommes pas ici pour spoiler.

“Gendarmerie Nationale !”

Fast and furious version Gendarmerie Nationale / Source : Quinquin et les Z’inhumains

On pourrait croire qu’on a encore droit à la sempiternelle série policière à la française, mais il n’en est rien. Bruno Dumont joue avec les stéréotypes et les archétypes pour déstabiliser et faire rire. Il qualifie son cinéma d’abstrait et ne parle pas de surréalisme. Aucun de ses personnages ne correspond à l’image qu’on s’en ferait habituellement. Un gendarme à qui il manque des cases, des filles qui sont plus des sexes sur pattes que des femmes, des migrants qui ont plus l’air de randonneurs sur le littoral qu’autre chose… Et j’en passe. Dans le monde imaginé par Bruno Dumont, tout est bancal, comme la voiture de Carpentier qui part systématiquement sur deux roues. En créant un décalage, on en arrive à un cinéma abstrait, voire cubique. Le gendarme bourré de tics faciaux, qui se déplace bizarrement et qu’on comprend à peine, c’est un peu comme un cube mais dont il manquerait des faces, ou qu’on aurait tout mélangé. Et non-seulement ça nous fait rire aux éclats, mais par le rire, ça nous fait réfléchir.

“La bête humaine ! C’est du Zola, mon commandant !” “On est pas là pour philosopher, Carpentier…”

Le commandant Van der Weyden a toujours quelque chose à dire. / Source : Quinquin et les Z’inhumains

Pour cet ancien professeur de philosophie, le rire est un bon moyen pour nous aider à réfléchir. Et c’est pourquoi il se sert du cinéma (même s’il s’agit d’une série, on peut largement parler ici de cinéma) pour déconstruire notre rationalité. Mais il n’y a pas de stratégie derrière la caméra. Il se sert des images, mais ne se pose jamais en juge. Pour le réalisateur, c’est le spectateur qui est le véritable héros. C’est à nous de nous faire nos propres opinions. Nous sommes autant acteurs que les acteurs de la série. Peut-on parler alors de dédoublement ? De se comprendre soi-même pour mieux comprendre le reste, et surtout, les autres ?

“C’est quoi c’bordel là, Carpentier?”

“Des sans-papiers, ils peuvent pas avoir de papiers?!” / Source : Quinquin et les Z’inhumains

Et dans Coincoin et les Z’inhumains, du dédoublement, il y en a à tire-larigot. Tout se multiplie, jusqu’à en devenir grotesque. On compte pas moins de cinq gyrophares, au bout d’un moment, sur le capot de la voiture des gendarmes. Jusqu’à en devenir le miroir des personnages, puisque dans cette saison, tout tourne autour de ce thème : Le dédoublement. C’est d’ailleurs une expérience insupportable pour le commandant que de se voir lui-même. Cela laisse place, et il le dit lui-même, au « néant ». Bon ou mauvais signe, peu importe, car s’il s’agit d’Apocalypse, alors ce n’est que pour voir naître devant soi une nouvelle vie.

La poésie de Carpentier et son commandant devant une scène de crime. / Source : P’tit Quinquin

Enfin, qu’on aime ou pas, cette série ne laisse pas indifférent. Les acteurs sont attachants, surtout pour leur amateurisme, ce qui met d’ailleurs en valeur, par contraste, les images travaillées et poétiques de la série. Dans tous les cas, et pour notre plus grand bonheur, Bruno Dumont nous emmène à mille années lumières d’un Bienvenue chez les Ch’tis ou d’un Commissaire Moulin.

Aller plus loin

CoinCoin et les Z’inhumains, disponible sur Amazon.

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