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Cinéma Culture

« Undercover : Une histoire vraie » et tristement extraordinaire

Par Teddy · 31 décembre 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Teddy

Yann Demange nous avait scotché il y a quatre ans avec un premier film puissant, « 71 ». On attendait donc son retour avec impatience. Et le voici avec son second long métrage, « Undercover : Une histoire vraie », sorti en salles le 2 janvier 2019. Résultat : un film sympathique mais anecdotique.

Yann Demange et moi-même, après la projection de son film.

Réalisateur français mais ayant vécu et travaillé une très grande partie de sa vie en Angleterre, Yann Demange a surpris tout le monde en 2014 avec son premier film, l’excellent « ’71 ». Avec Jack O’Connell, le réalisateur nous avait livré un film puissant et palpitant dans un Belfast en pleine guerre civile entre protestants et catholiques, anglais et irlandais. Pour ce film Yann Demange avait reçu le prix du meilleur réalisateur à la dix-septième cérémonie des British Independent Film Awards.

Un second film décevant à regarder avec un petit intérêt

Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Après une telle claque, je dois avouer que j’attendais impatiemment n’importe quel film suivant du réalisateur. Et nous y voilà, quatre ans plus tard, Yann Demange a quitté les terres d’Angleterre pour celles des États-Unis.
Revenant en compagnie de Matthew McConaughey et d’un jeune acteur dont c’est le premier passage à l’écran, Yann Demange nous plonge dans l’histoire vraie d’un jeune qui va être trahi puis oublié. Si l’intrigue est bonne, je dois dire que malheureusement j’en ressors quelque peu déçu. Non pas que le film soit mauvais, loin de là, il a même des côtés très intéressants, mais « Undercover … » est loin de la virtuosité de « ’71 ». Ici, Yann Demange nous entraîne dans un film bien trop propre pour ce qu’il nous raconte, et finalement on passe notre temps à attendre qu »Undercover … » finisse par décoller.

Détroit, dans les années 80. Comme une grande partie de l’Amérique, la ville lutte contre l’épidémie de consommateurs de crack qui sévit. Richard Wershe et son fils, venant d’un milieu modeste, vont tout deux devenir informateurs pour le FBI. Mais très vite ils vont se faire prendre au jeu et sous couverts d’informations, ils vont devenir eux-mêmes vendeurs de crack. Une ascension qui va être alors aussi rapide que leur descente aux enfers…

 un bon portrait de l’Amérique mais un film qui manque de caractère

Matthew McConaughey Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

« Undercover : Une histoire vraie« , c’est un film devant lequel je ressors assez partagé, car si d’un côté ce deuxième film signé Yann Demange m’a offert des moments et des sujets intéressants, il m’a aussi déçu. En plus d’être bien trop propre et lisse pour un sujet pareil, il manque à « Undercover … » ce quelque chose qui illuminerait le film et le rendrait aussi passionnant que marquant et tendu.

Comme je suis un éternel optimiste et que j’ai plutôt tendance à voir le verre à moitié plein, je vais commencer par ce qui est bon dans « Undercover ... », car le film a de beaux arguments pour lui. Le premier qui me vient en tête, c’est le portrait du rêve américain que brosse là Yann Demange à travers cette histoire. « Undercover … », c’est avant tout l’histoire de la précarité à une certaine époque et comment faire preuve débrouillardise pour arriver à survivre, et parfois même à toucher du doigt certains rêves. Plongé dans les années 80 (plus précisément entre 1983 et 1988), Yann Demange met en scène des gens normaux pris au piège de leur condition. « Undercover … » de ce côté-là est un film touchant qu’on aime suivre. Pour dire, c’est même toute cette réflexion sur l’american dream qui m’a le plus intéressé dans ce film.

Une plongée dans l’Amérique des années 80

Bruce Dern, Matthew McConaughey, Bell Powel, Ritchie Merritt, Piper Laurie. Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

« Undercover … », c’est aussi un très belle plongée dans les années 80 avec une mise en scène qui reconstruit bien son époque, avec des costumes un poil stéréotypés, mais qui arrivent à trouver leur charme. Toujours pour rester d’époque, « Undercover … », c’est une mine d’or musicale. Si l’on restera déçu de la BO de Max Richter qui est ici insignifiante, on prendra notre pied sur les titres et les samples soul, disco et funk que Yann Demange a réuni pour habiter son histoire.

Enfin, « Undercover … », comme on se l’imagine, c’est aussi pour la plupart de très bons acteurs, à commencer par Matthew McConaughey qui est absolument impeccable en père aimant certes, mais instable. Un père qui essaie de s’en sortir comme il le peut et tente de se rattraper, ce qui est loin d’être évident. On saluera aussi la composition de Bel Powley. L’actrice qu’on avait repérée dans le terrible « Detour » de Christopher Smith, confirme tout le bien qu’on pense d’elle.

Un film inégal qui aurait mérité plus d’écriture

Ritchie Merritt. Jennifer Jason Leigh. Rory Cochrane Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Mais comme je l’ai dit plus haut, si « Undercover … » a des qualités, il a aussi ses défauts et la première chose qui vient en tête, c’est son intrigue un peu brouillon. Le film use d’ellipses qui ont parfois du mal à fonctionner, car elles perdent le spectateur dans la timeline. Usant de rebondissements confus, on n’en comprend pas vraiment les tenants et aboutissants. Sur l’ensemble du film, ça peut aller, et finalement, l’intrigue générale se suit, parfois non sans plaisir.
Malheureusement, le rythme n’est pas vraiment là. On attend qu’il se passe quelque chose, et au final le film ne décolle pas. Yann Demange fait du basique, du déjà-vu et certes ça fonctionne, mais quand on sait la claque immersive qu’est « ’71 », on ne peut qu’être déçu d’un film si commun dans sa mise en scène. Un film qui de surcroît est bien trop propre sur lui. Certes, Yann Demange s’interroge bien plus sur les relations père/fils que sur le milieu dans lequel son héros évolue. On traîne ici dans le milieu d’une petite mafia locale, mais l’on ne craint aucunement pour ses personnages.

Un acteur dans un premier rôle auquel on ne croit pas vraiment

Bel Powel. Ritchie Merritt. Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Et en parlant de personnages, si le film en détient des très beaux, il en détient aussi des anecdotiques. Des personnages survolés et parfois inutiles, qui existent simplement parce qu’ils sont tenus par des acteurs fabuleux.
Et enfin, dernier hic, et c’est peut-être le plus important, c’est son jeune héros tenu par le tout jeune et débutant Ritchie Merrit et franchement, on n’y croit pas vraiment. Plus tête à claques qu’autre chose, on suit son parcours avec intérêt, car les sujets sont forts et bien écrit, et malheureusement pas parce que l’acteur est bon.

Je ressors donc déçu du nouveau film de Yann Demange. « Undercover : Une histoire vraie » se suit et se regarde avec de l’intérêt, et l’on peut y passer un bon moment, à la simple condition de ne pas trop creuser plus loin que ça. « Undercover … » détient toutefois de très bons sujets qu’il sait exploiter, il de très bons comédiens, et sur l’ensemble son histoire vaut le coup d’être racontée. Donc, malgré mes déceptions, ce deuxième film mérite qu’on s’y arrête au moins une fois, ne serait-ce que pour la description de cette pauvreté et des envies de s’en sortir de sa population. Ou encore pour cette histoire vraie, assez folle et surtout terrifiante.

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