Cinéma Culture

« The House That Jack Built », ingénierie du meurtre

Par Ian · 7 novembre 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Ian

Jack est ingénieur. Jack rêve de bâtir sa propre maison. Jack aime tuer des êtres humains. Dans The House That Jack Built, sorti dans les salles françaises le 17 octobre, Lars Von Trier nous plonge dans la psyché d’un tueur en série qui aimerait ériger en art son macabre savoir-faire…

Hit the road, Jack

Le film commence quand Jack (Matt Dillon) a terminé son parcours de tueur en série. Comme dans Nymphomaniac (2013), le héros fait le bilan de son histoire à travers un dialogue. Seulement, ici, seule la voix de l’interlocuteur est entendue et l’on ne connait que son (sur)nom : Verge. La véritable identité de ce dernier ne  sera révélée que plus loin dans le film qui plongera alors pour de bon dans sa dimension mythologique où s’amorcera la catabase du héros. Jack relate son parcours à travers cinq « Incidents » qu’il a lui-même choisi. Chacun de ces « Incidents » correspond à un ou plusieurs meurtres que Jack a commis et éclaire sous différents aspects le rapport que le tueur entretient à l’acte de tuer.

« Viens découvrir l’amour dans ma camionnette ». Source : IMDB

Mais chaque « Incident » est surtout l’occasion de digressions philosophiques, éthiques, artistiques, mythologiques. Le dialogue entre Jack et Verge est un retour sur le parcours du tueur mais c’est également un retour « réflexif ». Pendant plus de deux heures, une longue réflexion se déploie autour du funeste hobby de Jack. Le film abonde en références : William Blake vient côtoyer Glenn Gould, l’architecte nazi Albert Speer est évoqué aux côtés de Delacroix et l’on croise régulièrement Bob Dylan. The House That Jack Built est un film riche, dense où une idée en appelle une autre. Certains pourront peut-être lui reprocher cet aspect « fourre-tout », trop chargé en symbolisme, où des plans constituant des tableaux morbides (la scène du pique-nique « en famille ») se mêlent à de véritables tableaux.

Trop cool les soirées pyjamas. Source : IMDB

Jack le bricoleur

Jack est ingénieur. Mais Jack aurait voulu être architecte. Jack rêve d’une maison dont les matériaux aient une volonté propre. Jack est un matérialiste qui rêve d’être un artiste. Mais Jack n’est pas un artiste : en témoignent les mises en scène grotesques de ses meurtres. En parallèle de son activité meurtrière, Jack tente de construire sa maison mais n’y parvient pas. Chaque tentative est avortée. Jack est en quête du bon matériau. Alors se met en place le jeu des correspondances alchimiques : l’ingénieur qui détruit la maison se mue en pseudo-artiste détruisant la vie. Mais ce qui est une destruction pure et simple pour l’un est une création pour l’autre. Pour Jack, le meurtre est un acte créateur. Et le pseudo-artiste a un nom : « M. Sophistication ». Ce dernier a trouvé son matériau : le cadavre.

« C’est quoi ça ? Une maison pour fourmis ? ». Source : IMDB

The House That Jack Built est un film alchimique car il opère l’unité des contraires dans le creuset d’une histoire de tueur en série : à travers Jack la destruction revêt le sens d’une création mais les références culturelles qui ponctuent le film sont également présentes pour mettre en place cette fusion des antagonismes. William Blake est bien celui qui a écrit Le Mariage du Ciel et de l’Enfer. Glenn Gould est bien ce génial pianiste qui allie détente et maîtrise absolue. Le « Chêne de Goethe » à Buchenwald est bien le symbole de l’humanisme et de l’esprit ironiquement planté au cœur même de la barbarie nazie. Et que dire du comportement de Jack, à la fois monstre de rationalité, sophiste sophistiqué mais en même temps complétement irrationnel, obsédé par la propreté et faisant tout pour se faire appréhender par les forces de l’ordre. Néanmoins, une chose est sûre : Jack a construit une maison. La première et la dernière. La descente peut commencer.

Aller plus loin

The House That Jack Built, en ce moment au cinéma.

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