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Famille Petite enfance Sciences humaines

Overdose d’écran chez les enfants

Par Laura · 17 octobre 2018 · Aucun commentaire

trop d'écrans

Ecrit par Laura

Aujourd’hui les écrans sont présents dans nos vies de façon quotidienne. Il n’y a qu’à lever la tête pour les voir : dans nos poches, dans nos salons, dans la rue, sur les panneaux publicitaires… Ils envahissent notre quotidien et celui de nos enfants. Puisqu’ils ne peuvent les éviter, aidons-les à apprendre à les contrôler.

Des écrans de plus en plus nombreux

Les écrans s’imposent à nous

Aujourd’hui, les écrans font partie de notre vie quotidienne et les nombreuses innovations nous entourant présagent qu’ils vont devenir encore plus nombreux. Téléphones, tablettes, consoles vidéos, télé, panneaux publicitaires, bus, RER, les écrans nous entourent au quotidien : ils sont omniprésents. Notre culture anciennement orale, puis écrite est en train de devenir numérique.

Aujourd’hui l’addiction aux écrans et aux jeux vidéos est reconnue. Pour éviter d’en arriver là et aider nos enfants à ne pas passer leurs journées enfermés devant des écrans sans voir le monde réel et magnifique qui les entoure, apprenons-leur à les apprivoiser. Mais pour cela il est nécessaire de s’intéresser à leur impact sur le développement des jeunes enfants (on pourrait également s’intéresser à leur impact sur l’adolescent et l’adulte mais ce n’est plus mon domaine, je vous laisse mener vos recherches de ce coté-là).

Des stimulations imposées

La pollution visuelle qui nous entoure nous impose des stimulations que nous n’avons parfois pas choisies et qui nous détournent de notre centre d’intérêt principal ou de notre action en cours. Pour exemple : combien d’entre nous se sont retrouvés scotchés pendant quelques minutes devant un écran en passant devant le rayon télé du magasin ? Leur programme ne nous intéresse pas forcément, mais pourtant il s’impose à nous et « kidnappe » quelques instants.

Des images parfois violentes

Nous entendons souvent parler de quantité de temps devant un écran mais il est également nécessaire de parler de qualité de l’image. C’est là tout le problème de cette pollution visuelle : on ne maîtrise pas le contenu des publicités et images qui nous sont imposées.

Nous passons vite à autre chose mais les images s’impriment dans notre cerveau. Regardez une image avec un poisson et vous y penserez quelques temps. Vous ne voyez pas le problème ? Et bien maintenant imaginez un enfant observant quelques instant des images de personnes ensanglantées à la télé, dans une pub ou un jeu vidéo, quelle image va lui rester en tête ?

Des impacts sur le développement de l’enfant

Au-delà des écrans imposés, parlons que ceux que nous choisissons d’utiliser. Qu’ils soient utilisés à une fin de divertissement ou d’instruction, il est essentiel de connaitre les impacts des écrans sur le développement des enfants. Dans le milieu de la petite enfance, nous sommes de plus en plus de professionnels à entendre parler ou à voir des enfants drogués aux écrans : retard de langage, difficulté à se concentrer, trouble de l’attention, incapacité à gérer leur colère et leurs émotions, leur frustration, conflits avec leurs pairs, jeux violents.

De nombreuses études ont démontrées les effets négatifs des écrans sur les enfants, l’Académie des sciences sur l’enfant et les écrans démontre que avant 2 ans, « les écrans non interactifs (télé et DVD) […] peuvent avoir des effets négatifs : prise de poids, retard de langage, déficit d’attention, risque d’adopter une attitude passive face au monde » ; et que, avant 6 ans, « la possession d’une console ou d’une tablette personnelle présente plus de risques que d’avantages ».

L’enfant passant trop de temps sur un écran pourra ressentir certains troubles du développement mais également de son équilibre : sommeil, appétit, comportement, socialisation… Trop exposé aux écrans, il va être assailli d’images qu’il va ancrer dans son cerveau. Son cerveau, encore immature, va chercher à les assimiler à des expériences qu’il a vécue. Pour cela, le cerveau a besoin que l’enfant utilise l’ensemble de ses sens or lorsqu’il regarde la télé, l’enfant est passif. Son cerveau va être capable de le gérer à petites doses mais si cela dure trop longtemps ses capacités cognitives vont être impactées et cela peut entrainer une désorganisation psychomotrice.

Un équilibre interne perturbé

La lumière des écrans, en particulier la lumière bleue, va produire chez les adultes et les enfants une perturbation du sommeil. Cette perturbation va entrainer des troubles de l’attention, et de la concentration. Sans parler bien évidemment des problèmes de santé directs sur la vision.

Le sommeil est indispensable au bon développement physique et psychique de l’enfant, les troubles du sommeil peuvent donc influer sa santé et son bon développement. En fonction du temps passé devant la télévision, l’enfant pourra ressentir des troubles du comportement, du sommeil, de l’appétit, sans parler des répercussions sur sa socialisation.

Le test des dessins

Une étude, réalisée par des médecins allemands auprès d’enfants âgés de 5 ans a montré les impacts des écrans sur la concentration des enfants et sur leur mémoire. Ils ont demandé aux enfants de dessiner un bonhomme. Les petits consommateurs d’écrans ont réalisé des dessins descriptifs avec des détails : des cheveux, des habits, les doigts, le nez … Les grands consommateurs d’écrans, quant à eux, ont réalisé des bonshommes que l’on peut qualifier de bonshommes têtards avec un rond pour le ventre, des traits pour les bras et les jambes et des visages où il manque des éléments.

Ce test montre les troubles d’attention, de concentration et surtout de mémoire causés par les écrans. Plus la consommation d’écrans est grande, plus les enfants auront des difficultés d’apprentissage.

Les différences des dessins sont flagrantes

Des retards de langage

Dès la naissance le tout petit va construire son répertoire de mots grâce aux verbalisations de ses parents qui réagissent à ses expressions et ses postures. Il a besoin d’échanges pour apprendre les mots et leurs significations. Ce sont également les verbalisations de l’adulte qui vont le rassurer et le sécuriser affectivement : « je m’éloigne un peu pour aller faire ton biberon mais je suis là, je te vois, tout va bien,… »,  » tu es en colère et frustré car tu n’arrives pas à faire ce que tu veux,… ». C’est l’adulte qui va mettre en mot les émotions de l’enfant et qui va l’aider à les identifier.

Mais si le petit est mis devant un écran trop longtemps, il n’a pas ces échanges avec ses parents. Si les adultes ne mettent pas de mots sur ces situations que vit l’enfant, il n’évoluera pas vers un langage diversifié et restera dans « l’agir ». De plus, il ne pourra pas comprendre ses émotions et les maîtriser. L’enfant pourra alors devenir colérique ou pousser ses émotions à l’extrême sans aucun contrôle.

Où est le réel, où est l’imaginaire ?

Il aura également du mal à entrer dans le symbolique et dans l’imaginaire. En effet, comment apprendre à imaginer si tout vous est donné dans des images ? Si vous n’avez pas le temps et la possibilité de rêver, créer, imaginer votre propre monde ?

Le jeune enfant ne fait pas encore bien la différence entre ce qui est réel et ce qui est fictif. Or, dans les jeux vidéos,  et les dessins animés, les films l’enfant va s’identifier aux héros, aux personnages de ce jeu.  Il est donc nécessaire de lui apprendre au préalable à se construire en tant que personne avec des activités ludiques qui vont lui permettre de construire son psychisme et son équilibre cognitif afin de l’aider à faire la différence entre sa personnalité propre et les personnages qu’il va incarner.

Et pour apprendre ?

L’enfant est un être de sens. Dès la naissance l’enfant se construit grâce à ses sens, il découvre par le toucher, le goût, la vue qui se développe petit à petit, la motricité… Il observe son environnement, apprend à mouvoir son corps, à imaginer, rêver, créer,….

Apprendre avec les autres

Les interactions avec autrui sont également ce qui va permettre à l’enfant de se développer et d’être en lien avec son environnement. Ce sont les interactions avec les autres et son environnement qui vont lui permettre d’apprendre, d’avoir confiance en lui, … Et lorsque nous parlons des autres, il s’agit en premier lieu de ses parents.

Dans une époque où les écrans sont omniprésents et où tout va vite, nombreux sont les enfants qui se retrouvent seuls face aux écrans, ils n’apprennent donc pas à les maîtriser. Pire encore, les écrans deviennent parfois une solution miracle pour les parents : « lorsqu’il regarde la télé il se calme ». Et voilà comment les écrans se substituent aux relations humaines. Les enfants vont alors rapidement comprendre que s’ils s’agitent ils ont le droit d’avoir le téléphone, la tablette ou leur dessin animé préféré. Au lieu de se calmer ils seront alors plus souvent agités, n’auront plus de patience pour attendre ou s’ennuyer et feront plus de caprices pour avoir ce qu’ils veulent. L’enfant a besoin de liberté intérieure, de temps pour s’ennuyer, rêver, imaginer, évacuer.

Apprendre par l’autre, dans les échanges

Un geste que l’enfant imite rapidement

L’enfant se construit en imitant l’adulte et en observant les réactions qu’il produit chez l’adulte. Le tout petit est un être de relation. L’enfant a besoin de jouer avec les adultes et de voir qu’ils prennent plaisir à jouer avec lui. Cela va l’aider à construire son estime de soi et le socialiser. Il a besoin d’échanges privilégiés, de sentir qu’il est un bon compagnon pour ses parents qui prennent plaisir à jouer et échanger avec lui. Cela peut se faire par des jeux numériques, s’il utilise également des jeux traditionnels. L’important est le partage et le plaisir partagé dans des instants privilégiés. Lorsqu’il jouera seul, l’enfant se souviendra de ce plaisir et de ce souvenir. L’enfant se souviendra également des jouets et jeux qui ont permis ces échanges. Il viendra de lui même apporter des jeux à l’adulte pour demander de nouveaux moments de partage ou les investira pour ce souvenir de ces échanges : par exemple, il prendra le téléphone pour imiter ses parents et se sentir proche d’eux et comme eux même dans un jeu individuel.

Ne pas interdire mais alterner

L’utilisation des écrans n’est pas forcément négative. Les enfants vont développer de nouveaux savoir-faire qu’ils pourront utiliser pour apprendre. Mais il est nécessaire d’alterner entre les moments où ils vont stimuler une attention ponctuelle à une concentration plus longue dans des livres, des jeux de manipulation… L’enfant va se développer grâce à la multiplicité des apports qui lui sont proposés. Son imagination par exemple va grandir grâce aux livres, aux écrans, au moment où il s’ennuie, à ses jeux en plein air.

Les écrans seront négatifs s’ils sont le seul apport qui est proposé à l’enfant, c’est le fait de n’avoir qu’un modèle unique, une référence du monde extérieur qui va freiner l’imagination. Par exemple : comment imaginer d’autres races de chiens si la seule que vous voyez autour de vous, dans les images, la réalité et les écrans est le berger allemand ?

Changer ses habitudes

L’éducation aux écrans passe par la prise de conscience de nos habitudes. Parlons de mon expérience personnelle. Lorsque ma fille est née, j’ai voulu faire en sorte qu’elle ne soit pas surexposée aux écrans. Nous avons donc commencé par éteindre la télé lorsqu’elle était présente et nous nous sommes vite aperçu que celle-ci était souvent allumée pour rien. En effet, nous avions pris l’habitude avant sa naissance de mettre la télé en fond sans vraiment la regarder.

Oublier les soucis de la journée mais aussi oublier de communiquer ?

Les écrans font aujourd’hui partie de la vie des adultes : ils permettent d’oublier les soucis de la journée, de faire le vide, ils nous captivent. Nombreux sont les adultes qui ne parviennent pas à se passer de la télé, des ordinateurs, tablettes, téléphones,… Nous sommes également victimes des écrans. Le vrai enjeu n’est donc pas de demander aux parents d’éviter les écrans à tout prix pour leurs enfants. L’important est de prendre conscience de l’usage qu’ils en font et d’apprendre aux enfants à s’en servir. Beaucoup d’enfants ne prennent pas le téléphone parce qu’ils le veulent absolument, mais parce qu’ils cherchent à imiter l’adulte. Il est nécessaire d’apprendre aux enfants à se protéger, et à s’auto-guider dans leur utilisation des écrans.

Apprendre à s’en servir

Serge Tisseron a lancé en 2008 une campagne dite des « 3-6-9-12 pour apprendre à s’en servir et apprendre à s’en passer ».

Il développe trois principes :

  • L’alternance : alterner les activités, diversifier les ateliers, les activités, privilégier la création.
  • L’accompagnement : échanger avec l’enfant sur son utilisation des écrans, sur ce qu’il y voit, ce qu’il comprend, …
  • L’éducation à l’autorégulation : favoriser son autonomie en lui donnant des temps d’écran et en l’encourageant à s’y tenir.

Dans cette campagne, il développe également ses « règles d’or » pour l’utilisation des écrans :

  • Avant 3 ans, l’enfant a besoin d’utiliser ses cinq sens pour interagir avec son environnement. Il construit ses rapports spatio-temporels et apprend à connaitre son corps. Les écrans peuvent alors nuire à son développement.
  • Entre 3 et 6 ans : l’enfant a besoin d’imaginer et d’utiliser sa motricité fine, ses mains. Les écrans ne sont pas conseillés mais peuvent être utilisés à petites doses avec un adulte.
  • De 6 à 9 ans : il se sociabilise et peut le faire avec des jeux vidéos contrôlés. Il est néanmoins nécessaire qu’il se sociabilise également dans la vie réelle.
  • A 9 ans: internet va arriver dans sa vie, aux parents de lui expliquer comment s’en servir, quels en sont les risques et comment s’en protéger.
  • A 12 ans : L’enfant va devenir indépendant et autonome pour pouvoir utiliser les écrans seuls en sachant s’imposer des limites.

Serge Tisseron ne nous demande pas d’interdire à tout prix les écrans, il insiste sur la nécessité de les doser et d’apprendre à s’en servir et à s’en protéger.

Prenons conscience de notre propre rapport aux écrans et aidons nos enfants à les comprendre et à s’en servir avec modération pour les aider à bien se développer.

Pour aller plus loin, je vous conseille les ouvrages de Serge Tisseron sur les écrans et les jeux vidéos, que vous pourrez trouver sur sa page.

Cet article a été réalisé grâce au dossier présent dans « EJE journal n°69 : Trop d’écrans pour les enfants ? ». Je vous conseille d’y jeter un coup d’œil si vous parvenez à le retrouver.

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