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La conquête spatiale Astronomie Histoire

1965, la première sortie d’un homme dans l’espace : une dépressurisation, des loups et de la sueur !

Par Colas · 22 mai 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Colas

Thématique du mois : La conquête spatiale

Depuis le début des temps, l'humain observe les étoiles en rêvant de les toucher. Comment abordons-nous cette nouvelle conquête dans notre société, dans notre histoire et dans notre imaginaire ?

1965. L’astronaute russe Alexeï Leonov réalise la toute première sortie d’un homme dans l’espace. Une aventure durant laquelle il risquera d’être dépressurisé, écrasé par la gravité, gelé et… dévoré par des loups ! Retour sur une journée historique ou rien ne s’est passé comme prévu.

Sortie extra-véhiculaire : URSS 1 – USA 0

Le 18 mars 1965 n’est pas une journée comme les autres dans l’histoire de la conquête spatiale. Une heure trente après son lancement, le Major-Général Alexeï Arkhipovitch Leonov quitte sa fusée. Sous le regard de son coéquipier – le commandant Pavel Beliaïev – le voilà qui flotte dans le vide de l’espace. Pendant une douzaine de minutes, il inspecte leur capsule Voskhod 2, prend des photographies et admire la terre. Puis il rejoint le vaisseau, qui regagne la terre. Alors que les deux nations font la course à l’espace, l’URSS vient de réaliser avec succès la toute première sortie extra-véhiculaire de l’histoire face aux Etats Unis d’Amérique.

Une affaire rondement menée, me direz vous. Et c’est ce que l’URSS à fait croire pendant des années, jusqu’à la chute du régime. Mais, en vérité, les deux astronautes ont vécu un véritable cauchemar, et ils ont bien failli ne jamais rejoindre la terre à de très nombreuses occasions

Trop fat pour passer la porte…

Le Voskhod 2 et son sas gonflable  © sen.com

L’enfer commence dès le retour de Leonov. Au moment où Beliaïev lui fait signe de rentrer, cela fait presque un quart d’heure qu’il est soumis au vide spatial. A cause de la pression exercée, son scaphandre a gonflé et s’est déformé. Leonov constate avec stupeur qu’il est devenu trop gros pour passer l’écoutille du sas !

Pour rentrer, rien ne fonctionne. Il va devoir dépressuriser manuellement son scaphandre, à l’aide d’une valve destinée à un autre usage. La manœuvre l’amène au bord d’une embolie fatale, lui fait perdre une grande partie de son oxygène et l’oblige à s’introduire dans le sas à l’envers. Lorsqu’il rejoint finalement son siège, le major est en piteux état:

  • Son pouls est monté à 143 battements / minute1;
  • Sa température corporelle est montée à 38°C;
  • La sueur remplit son scaphandre jusqu’aux genoux;
  • Il a perdu 6 kg;
  • L’écoutille externe est restée ouverte 23 minutes.

 

    La combinaison « Berkut » d’Alexeï Leonov  © sen.com

170 bpm en moyenne chez l’homme.

Un vol sous haute tension

Modèle 3D du Voskhod 2 par Sergey Dokuchaev  © artstation.com

L’équipage peut maintenant regagner la terre, ouf ! Mais la capsule Voskhod connaît de nombreux dysfonctionnements. A commencer par une fuite d’oxygène par l’écoutille, qui s’est mal refermée. Paradoxalement, la cabine subit aussi une surpression d’oxygène. Elle est si importante que l’intérieur de la capsule risque de s’enflammer à la moindre étincelle.

Enfin, un défaut de séparation des deux modules du Voskhod les met en rotation et soumet ses occupants à des accélérations de 10 G ! Le G mesure la force exercée par l’accélération. On subit entre 0.1 et 0.4 G dans un avion, et près de 3 G dans une navette spatiale au décollage. Une exposition à 16 G pendant 60 s peut s’avérer mortelle.

Une nuit chez les loups de Sibérie

Pendant le vol, le système de guidage automatique est tombé hors service. Les deux pilotes ont été obligés de contrôler manuellement leur trajectoire. Résultat: la capsule atterrit à 386 Km du site prévu, au beau milieu d’une forêt enneigée de Sibérie. Leonov et Beliaïev passent alors 24 heures à attendre dans leur capsule sous -30°C.

Pendant la nuit, ils entendent clairement des loups s’agiter au dehors, les forçant à rester à l’abri de leur capsule. Leur kit de survie, lui, contient du répulsif à requins…

Le 20 mars, d’abord rejoint par des bûcherons étonnés, les deux astronautes sont enfin atteints par une équipe de secours. Après une nouvelle nuit passé sur place, ils rejoignent à ski un hélicoptère qui les ramène en héros à la civilisation.

Malgré ces déboires, ce jour reste un tournant dans l’histoire de la conquête spatiale. Alexeï Leonov s’est lancé là où aucun homme n’est jamais allé, et en est revenu ! Mais, depuis ce jour, un fusil est embarqué dans toutes les capsules russes à destination de l’espace 😉

Alexeï Leonov acceuille l’un de leurs sauveteurs  © sen.com

Aller plus loin

 

  • La page wikipédia d’Alexeï Leonov
  • L’article de Sen.com
  • Jean-François Clervoy & Frank Lehot, Histoire de la Conquête Spatiale, Ed. Vuibert, 2015, 207 p.
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