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Culture Séries

« The Leftovers » : partir un jour, sans retour

Par Ian · 17 août 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Ian

La référence aux 2B3 s’arrête là. Adaptée du roman de Tom Perrotta (« Les Disparus de Mapleton » en français) et dont il est le co-créateur avec Damon Lindelof (oui, le Monsieur à l’origine de « Lost »), « The Leftovers » est une série qui, en l’espace de trois saisons, de la bourgade américaine de Mapleton au désert Australien, met à rude épreuve votre capacité à questionner, pleurer, douter, voire respirer. C’est parti top départ !

Et tout est dépeuplé

14 octobre 2011. 14h23. 2 % de la population mondiale disparaît en un instant. 140 millions de personnes se volatilisent en une fraction de seconde. L’histoire proprement dite de « The Leftovers » se déroule trois ans après cet événement traumatique qui portera le nom de « Sudden Departure » (ou « The Rapture ») : le Ravissement. Vers où ? Pourquoi ? Comment ? Autant de questions que se poseront les habitants de Mapleton, petite ville située près de New York.

Kevin Garvey et Nora Durst. Source : AlloCiné.

On y suit principalement les questionnements de Kevin Garvey (Justin Theroux), chef de la police de Mapleton et de Nora Durst (Carrie Coon) qui travaille pour « The Department of Sudden Departure », organisation gouvernementale chargée de dédommager les personnes ayant perdu un proche. Alors que le premier protagoniste n’a pas directement et physiquement subi la disparation d’un proche, Nora a perdu l’ensemble de sa famille le jour du Grand Départ. Par delà cette différence fondamentale, ces deux destins vont être irrémédiablement liés au fil des trois saisons.

« What’s Next ? »

L’originalité de « The Leftovers » réside dans la façon dont est traitée cette disparation absurde, arbitraire, voire injuste d’une partie de la population. Le point de vue adopté n’est pas vraiment celui, classique, de personnages recherchant une cause permettant d’expliquer un événement a priori inexplicable. Au contraire, la série s’écarte (à première vue) du fantastique et du surnaturel pour se concentrer non pas sur la cause mais sur les conséquences humaines, psychologiques pour ceux qui sont « restés » : comment gérer la perte  d’un proche alors que l’on est dans l’incompréhension la plus totale ? Comment faire son travail de deuil quand l’on ne sait pas pourquoi ni comment l’être aimé est parti ? Comment retrouver un sens à la vie après l’irruption, un 14 octobre 2011, du non-sens ? Pour Kevin Garvey notamment, comment rétablir la stabilité d’un « chez soi » après l’explosion de la cellule familiale ?

Avant d’être une série fantastique, « The Leftovers » est un drame humain, chargé émotionnellement (un peu trop diront certains) où se mêlent doute, rage et frustration. La recherche de « la vérité » importe moins ici que la manière dont un groupe d’êtres humains va tenter de vivre après l’inexplicable.

Câlins et cigarettes

Tu veux un câlin ? Source : AlloCiné.

Vivre après l’inexplicable c’est tant bien que mal tenter de trouver un sens. Cette quête de réponses va autoriser tous les opportunismes : gourous et savants en tout genre, chacun prétendant apporter une solution au mal-être ambiant. Le personnage de Saint-Wayne (Paterson Joseph) par exemple, protagoniste au passé trouble, aurait le don de retirer la souffrance des individus simplement en leur faisant un « câlin ». Charlatanisme ? Jamais la série ne lève l’ambiguïté sur l’efficacité réelle des réponses. Le spectateur est constamment ballotté entre réalisme et fantastique, sans qu’une distinction claire soit faite entre les deux. La dimension fantastique est bien présente dans la série et arrive l’on pourrait dire crescendo. Cependant, ce fantastique n’a rien de grandiloquent ou de transcendant et apparaît presque comme normal : humain. Ainsi, au détour d’un épisode, vous apprendrez que Dieu porte une casquette (oui oui) et vous ne verrez plus jamais les hôtels comme avant.

La magie du blanc. Source : IMDB.

Cette recherche de sens après l’absurdité du Grand Départ va pousser à la création d’une sorte de « secte » (bien qu’ils ne se définissent pas comme cela) : les « Coupables Survivants » (« Guilty Remnants »). Vêtus de blanc, ayant fait vœu de silence et passant le plus clair de leur temps à fumer (à quoi bon respirer hein?), ils se définissent eux-mêmes comme des « rappels vivants » de ce qui s’est passé. Organisés autour de la charismatique Patti Levin (Ann Dowd), ils mènent différentes actions destinées à empêcher la population de tourner la page. Foncièrement nihilistes, ne croyant plus en rien, les Coupables Survivants se donnent pour mission de rappeler constamment à la population que le non-sens a eu lieu et qu’à partir de là plus rien n’a de sens. Alors : taisez-vous et fumez.

« Let the mystery be »

Superbement servie par la musique de Max Richter qui opère comme un leitmotiv mélancolique tout au long des trois saisons, « The Leftovers » est une série qui associe brillamment drame humain et fantastique. Jusqu’à l’ultime et magnifique épisode, d’une simplicité déconcertante, jamais le mystère n’est complètement levé et l’on revient avec plus de questions qu’au départ (sans jeu de mots). Alors si vous en avez marre du soleil, de la joie et des enfants qui crient à côté de vous sur la plage, assombrissez un peu votre été et « laissez être le mystère » en regardant « The Leftovers ».

Aller plus loin

La présentation de la série sur le site HBO

Le vrai faux site des Coupables Survivants

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