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Littérature

Mon coup de coeur: « Les femmes qui lisent sont dangereuses »

Par Andie · 19 février 2020 · Aucun commentaire

Photo by Hisu lee on Unsplash

Ecrit par Andie

« Les femmes qui lisent sont dangereuses » m’a rappelé que ce simple geste d’ouvrir un livre n’a pas toujours été aussi anodin. Pourquoi était-ce si compliqué et pourquoi la lecture est-elle si importante ?

"Les femmes qui lisent sont dangereuses" de Laure Adler et Stefan Bollmann, éd Flammarion

« Les femmes qui lisent sont dangereuses » de Laure Adler et Stefan Bollmann, éd Flammarion

La lecture des plus modestes

Je suis une jeune femme de 29 ans. Pour ma génération l’accès des femmes aux livres et à la culture n’est plus une problématique, enfin… en France en 2019. Mais plus jeune, je lisais beaucoup moins qu’aujourd’hui. Dans mon cas, issue d’une famille très très modeste, c’était une question plus sociale. Ce n’est pas un secret, les études l’ont plusieurs fois montré, le niveau social et les revenus ont une forte influence sur le budget accordé et le temps passé pour les loisirs culturels dont la lecture.

J’ai envie de préciser : environnement «familial» car des parents qui lisent beaucoup ont plus de chance de filer le virus à leur gosse comme le montre une étude du centre national du livre : «L’environnement familial joue un rôle déterminant sur les pratiques de lecture : Les jeunes qui sont les plus grands lecteurs et valorisent le plus la lecture sont ceux qui vivent dans un foyer où le père, et en second lieu la mère, sont également de grands lecteurs et leur ont raconté des histoires quand ils étaient petits».

Photo by Ben White on Unsplash

Photo by Ben White on Unsplash

Rappelant l’argument de l’environnement social, ils rajoutent : «où le niveau d’étude et la catégorie socio-professionnelle de la personne de référence du foyer sont les plus élevés; où le nombre de livres au domicile est important.».

Gare aux susceptibles. Ce qui est dit est à prendre avec des pincettes. On peut être issu de classe populaire et être un grand lecteur, être CSP+++ et détester lire et avoir des parents ouvriers et être un rat de bibliothèque. Mais il est difficile de nier que la valorisation de la lecture dépend pour beaucoup de ces composantes sociales et familiales.

Mais cette tendance timide des plus modestes à la lecture n’est pas une problématique moderne.

La lecture à la lueur d’une bougie

A ce propos, Les deux auteur-e-s nous parlent d’une peinture de Pieter Janssens Elinga illustrant une employée de maison du 17ème siècle. «Autant dire que la jeune fille semble profiter de l’absence de sa patronne pour se livrer à sa passion plutôt que de s’acquitter avec soin de ses tâches».

1668-1670, Pieter Janssens Elinga, Femme en train de lire, huile sur toile, Pinacotheque de Munich

1668-1670, Pieter Janssens Elinga, Femme en train de lire, huile sur toile, Pinacotheque de Munich.

Autrefois, il y avait plusieurs composantes qui rendaient la lecture difficile aux plus modestes. Évidemment l’illettrisme: Et oui, déjà pour lire des livres, il fallait savoir lire. L’école publique, gratuite et laïque est une invention toute moderne mine de rien et les tuteurs, de par leur coût, n’étaient pas accessibles aux plus pauvres

Ensuite le temps: Que l’on soit employé de maison ou paysan, après avoir appris à lire il fallait avoir le temps de lire. A savoir que ce point là est encore une problématique moderne. En effet, entre les dimanches (jours sacrés), les fêtes religieuses, fêtes laïques, seigneuriales, on considère que le salarié moderne travaille beaucoup plus que ses ancêtres (en tout cas pour la France médiévale).

Et enfin une composante matérielle: C’est à la tombée de la nuit que nous avons le plus de temps libre mais l’histoire des techniques d’éclairage n’a pas toujours avantagée les plus pauvres. Les bougies, très chères, n’étaient accessibles qu’aux nobles et au clergé. Les plus pauvres, eux, utilisaient les chandelles au suif. Très peu éclairantes, elles répandaient une odeur malodorante et une fumée noirâtre.

Et enfin le coût des livres qui étaient, à la base, extrêmement coûteux car reproduits par les moines copistes et dont le prix est devenu accessible petit à petit à partir de Gutenberg et son invention de la presse typographique à partir du XVème siècle.

Le haut de la pyramide

A moins d’être critique littéraire ou de travailler dans l’édition, la lecture est un loisir. Il fait partie de ces passe-temps plus ou moins importants, selon les individus, que l’on peut se permettre une fois que certains besoins, ceux liés à la subsistance, sont déjà assurés.

Pyramide de MaslowDans la pyramide de Maslow qui répertorie les besoins de l’être humain, les loisirs (dont la lecture) font partie de la case du haut, celle du besoin d’accomplissement, ultime étape de la quête de la condition humaine.

Et c’est là que la femme devient dangereuse. Dans sa recherche individuelle d’accomplissement dans une société qui la bride, elle se sent à l’étroit, remet en question l’état des choses, leurs fondements difficiles à tenir à mesure que son savoir à elle augmente. Elle est dangereuse car elle est le changement, elle est dangereuse car elle dérange ceux qui se complaisent dans le statu quo.

Toujours suivant la classification par Maslow, nous pouvons donc nous dire que c’est parce que les plus modestes sont trop occupés à satisfaire les besoins les plus bas de la pyramide que le temps et l’énergie à passer à l’accomplissement sont négligés.

« Avec son courage et sa détermination, Malala a montré ce que les terroristes craignent le plus: une fille avec un livre. » – Ban Ki Moon

Theodore Roussel, Jeune fille lisant, 1886-87, Tate Modern, Londres.

Theodore Roussel, Jeune fille lisant, 1886-87, Tate Modern, Londres.

La lecture, c’est ce moment d’extrême intimité. La lecture, c’est aussi ce moment de silence, de méditation, de repli sur soi, d’autoévaluation où l’on passe de ce que je suis à ce que je veux être.

Dans les portraits de femmes qui lisent nues, il n’y a aucun échange avec le peintre ou la personne qui regarde l’œuvre. Elles sont dans leur monde à elles. Car la lecture c’est ce moment où nous nous laissons pénétrer par de nouvelles histoires, de nouveaux savoirs et nouvelles connaissances.

Traversant le temps, du XIVème siècle à aujourd’hui, ce livre qui illustre des sculptures, photos, peintures, dessins de plusieurs artistes ayant appartenus à plusieurs époques nous rappelle cet acte bateau, qui semble acquis par notre société moderne et occidentale.

Malala Yousafzai

Malala Yousafzai

Il me rappelle que des femmes ont fait cet acte rebelle et tellement anodin à la fois d’ouvrir un livre.

Il me rappelle ces mots de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Et il me rappelle qu’aujourd’hui sur cette planète, des petites filles sont attaquées pour avoir clamé haut et fort leur droit de lire.

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