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Culture Littérature

L’Afrique en cinq romans

Par Marie · 17 juin 2020 · Un commentaire

Ecrit par Marie

La catégorie dite de « Littérature Africaine  » recèle des romans et des auteurs aussi divers dans leurs styles que dans les thèmes qu’ils abordent. Qu’ils soient hommes ou femmes, jeunes écrivain.es ou romancier.es renomé.es, ouvrir leur livre s’est se plonger dans l’histoire, la culture, le patrimoine d’un continent encore trop invisibilisé. De l’esclavage à l’africanité, du Veld Sud Africain aux quartiers populaires de Lagos, ces romans ouvrent nos imaginaires et nos consciences.

Je vous propose de vous faire découvrir à travers cinq romans et leur auteur.ices, un peu de cette littérature qui me bouleverse tant et ne cesse de m’ouvrir les yeux.

Un Instant dans le vent de André Brink

Le pays

L’Afrique du Sud

Le résumé

« L’expédition conduite par Erik Larson à l’intérieur du continent sud-africain se termine par un désastre : le guide se suicide, les porteurs s’enfuient, les deux Blancs qui l’avaient conçue meurent.
Elisabeth Larson reste seule survivante, au milieu de l’immense veld. Apparaît Adam, un esclave en fuite, qui a suivi le convoi de loin.
Cette femme blanche, cet homme noir que tout sépare vont cheminer ensemble des mois, vers ce qu’ils appellent encore la civilisation. Mais le vrai cheminement s’accomplit en eux-mêmes à la rencontre l’un de l’autre et de l’amour qui va les unir. » (Folio)

L’auteur

André Brink est né en 1935 en Afrique du Sud dans une famille d’afrikaners (descendant des colons boers hollandais qui se sont installés dans le pays). Après des études à l’université de Potchefstroom, en Afrique du Sud, il vient étudier trois ans en France, à la Sorbonne. C’est en entrant en contact avec un monde où les noirs et les blancs disposent des mêmes droits et se côtoient qu’il prend conscience des effets néfastes de l’Apartheid, régime politique qui établit une ségrégation systématique et violente entre les Afrikaners blancs et les populations noires.

Diplômé d’une maîtrise d’anglais et d’afrikaans, il revient en Afrique du Sud et commence à écrire tout en enseignant. Sa position critique sur l’Apartheid et sur l’histoire coloniale de son pays se durcie et ces deux thèmes seront au cœur de la plupart de ses romans qui obtiendront de très nombreux prix littéraires. En 1980, il obtient ainsi le Prix Médicis pour Une saison blanche et sèche, son ouvrage le plus célèbre.

Pourquoi le lire?

Les romans d’André Brink sont tous des merveilles que je ne me lasse pas le lire et relire avec une émotion toujours intacte. Portée par une langue superbe, l’Afrique du Sud y est le personnage principal, hostile, dure mais toujours envoutante et attachante. Malgré les sujets souvent difficiles de ses livres (esclavage, ségrégation, attentats), il est impossible d’en sortir sans se sentir irrémédiablement attiré par ce pays sauvage à l’histoire si riche et si complexe. Ses personnages sont riches, ambigus, aussi attachants que troubles, jamais manichéens. Si l’engagement de l’auteur est palpable à chaque ligne, il laisse la parole à tous (esclaves, maîtres, afrikaners et noirs des townships ) et nous permet de mieux saisir les enjeux et la complexité de l’histoire, passée et présente. Les femmes y ont souvent un rôle central, victime de la violence des hommes mais fortes et sans compromis.

Si nombre de ses romans m’ont profondément marquée, aucun ne l’a fait comme Un Instant dans le Vent. La rencontre d’Adam et Elisabeth, que tout oppose mais qui devront  s’unir pour survivre avant d’apprendre à se comprendre et à s’aimer est aussi bouleversante qu’épique. André Brink y décrit le Veld africain avec un amour palpable à chaque page dans la plus belle langue qu’il soit.

Ce peut être la fin. Cette idée l’emplit de tristesse. On devrait pouvoir se laisser bercer, sans conscience du temps, au fil des jours, abandonné comme une algue devant la marée, mais on est toujours balayé, emmené au large.
Un aigle plane bien au-dessus des rochers et cherche une proie. Presque immobile, il reste suspendu dans les courants les plus forts, petite croix dans l’espace infini. Lui aussi, un de ces jours, tombera comme une pierre. Ce qui semble si lointain, devient tout à coup évident, immédiat. Demain devient aujourd’hui; aujourd’hui se mue en hier. Et la terre n’en est nullement troublée. Ce ne sont que graines de charbon emportées par le vent, soupirs insignifiants dans l’espace.

Autres lectures

Vous pouvez vous plonger les yeux fermés dans tous les romans d’André Brink. Chacun porte en lui les sables du Veld, les destins d’hommes et de femmes traversés par leur époque et leur pays, la beauté de la langue qui s’écoule à chaque page. Malgré la difficulté à choisir voici un florilège de mes préférés:

– Une saison blanche et sèche

– Les imaginations du Sable

– Un acte de terreur

– Un turbulent silence

– Le podacst Un été d’écrivain de France Culture rend hommage en 5 épisodes à André Brink et à son œuvre. A écouter ABSOLUMENT!

L’autre moitié du Soleil de Chimamanda Ngozi Adichie

Le pays

Le Nigeria

Le résumé

« Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria.

Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes.

Évoquant tour à tour ces deux époques, l’autrice ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir. » (Gallimard)

L’autrice

Originaire du Nigeria, Chimamanda Ngozi Adichie est la fille d’un universitaire. A 19 ans, elle quitte son pays pour étudier à l’Université de Philadelphie où elle découvre le racisme et se retrouve confrontée à ce qu’il implique d’être une femme africaine dans l’occident blanc. Elle raconte cette expérience dans son roman le plus connu, Americanah. Après des études en communication et en sciences politiques, elle achève un master en création littéraire à Baltimore puis une Maîtrise d’Études Africaines. En 2003, elle publie son premier roman, L’Hibiscus Pourpre, sélectionné pour L’Orange et le Booker Prize.

L’autre moitié du soleil est son deuxième ouvrage, deux autres suivront ainsi que plusieurs essais féministes engagés.

Pourquoi la lire?

Écrivaine nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie est une féministe convaincue (et convaincante) qui aborde frontalement la question de la race et de la place qu’occupe l’Afrique dans le monde. Chacun de ses romans nous plonge dans un pays et une histoire peu connue, celle du Nigeria mais aussi de sa diaspora. Chacun de ses livres porte un univers différent, qu’ils abordent la violence conjugale et patriarcale, un échec d’indépendance, ou la vie d’une jeune femme expatriée. Sa posture résolument féministe place les femmes au centre de ses romans, figures tout en force et en fragilité.

L’autre Moitié du Soleil est, pour moi, son livre le plus brutal, mais aussi le plus profond. En abordant la guerre du Biafra,  un épisode mal connu (ou pire oublié) de l’histoire de l’Afrique contemporaine elle nous plonge dans l’histoire d’hommes et de femmes idéalistes emportés dans la tourmente, de vies bouleversées et d’un pays en cendre.

La seule véritable identité authentique pour l’Africain, c’est la tribu. Je suis nigerian parce que l’homme blanc a crée le Nigeria et m’a donné cette identité. Je suis noir parce que l’homme blanc a construit la notion de noir pour la rendre la plus différente possible de son blanc à lui. Mais j’étais ibo avant l’arrivée de l’homme blanc.

Autres lectures

– L’Hibiscus Pourpre

– Americanah

– Autour de Ton Cou

Nous sommes tous des féministes et  Chère Ijeawele ou Un manifeste pour une éducation féministe

Segou. Les murailles de la terre et de Maryse Condé

Le pays

Empire Bambara (Actuel Mali)

Le résumé

 « A la fin du XVIIIème siècle, l’Afrique est encore l’Afrique. Un continent noble et sauvage. Entre Bamako et Tombouctou, Ségou est un royaume florissant. Les Bambaras – polythéistes et animistes – un peuple invincible.
Culte des ancêtres, sacrifices rituels, chants des griots… tout semble immuable. Pourtant, de grands bouleversements se préparent L’esclavage fait rage. Les Européens se prennent pour de grands civilisateurs. L’islam – d’abord considéré comme une culture exotique apportée par les caravanes arabes – gagne du terrain…
Le temps des malheurs commence. La famille de Dousika Traoré – noble bambara – sera la plus touchée. Quatre de ses fils seront jetés comme des fétus de paille dans la tourmente de l’Histoire et auront des destinées terribles… » (Folio)

L’autrice

Maryse Condé est née en Guadeloupe ou elle grandit avant de partir étudier en France et à la Sorbonne où elle obtient un doctorat en littérature comparée. Après son mariage, elle part enseigner le Français en Guinée, au Ghana et au Sénégal avant de retourner vivre en France. En 1976, elle publie son premier roman, Heremakhonon. Elle retourne en Guadeloupe après la publication de Ségou, son troisième roman, avant de s’établir aux États-Unis où elle enseigne à l’Université Columbia.

Autrice de plus d’une trentaine de romans, Maryse Condé est la première femme à recevoir, en 1993 le prix Puterbaugh décerné aux États-Unis à un écrivain de langue française. Elle a été couronné, en 2018, du Prix de littérature de la Nouvelle Académie (Nobel alternatif).

Pourquoi la lire

Le roman de Maryse Condé nous plonge dans l’histoire peu et mal connue de l’Afrique, celle des grands empire qui y ont prospéré pendant des siècles avant que n’arrivent les colons européens. Sujet rarement exploré en histoire et en littérature, l’histoire de l’Afrique précoloniale se révèle ici dans toute sa complexité à travers la trajectoire de la famille Traoré : le culte des fétiches, l’organisation politique, sociale et économique de l’empire Bambara et de ses rivaux, les liens de parentalités complexes.  Tout au long de cette épopée en deux tomes, le destin des enfants et petits enfants du patriarche des Traore nous permet de mieux comprendre l’influence des événements qui ont bouleversé cette famille, l’Empire Bambara et par extension la totalité du continent Africain: l’esclavage, le développement de l’Islam, la christianisation et enfin la colonisation.

Emprunte de féminisme et questionnant les questions d’identité et  de métissage tout en s’enracinant dans la pensée post-coloniale, l’œuvre de Maryse Condé se décline en romans de fiction et autobiographique et d’essais dans lesquels transparait la quête identitaire de l’autrice et ses interrogations sur le concept de négritude.

Chacune de ses œuvres est importante et nous permet d’interroger l’histoire de l’Afrique et de la Colonisation des Antilles.

La parole est un fruit dont l’écorce s’appelle bavardage, la chair, éloquence et le noyau, bon sens. Dès l’instant où un être est doué du verbe, quel que soit son degré d’évolution, il compte dans la classe des grands privilégiés

Autres lectures

Il faut lire TOUS les livres de Maryse Condé dont la langue et l’engagement traverse chaque roman. Certains m’ont cependant particulièrement touchés:

– Moi Tituba esclave

– Le coeur à rire et à pleurer

– Rêves amers

– Traversée de la mangrove

– Vous pouvez aller écouter l’excellente série de France Culture consacrée à Maryse Condé

Crépuscule du tourment de Léonora Miano

Le pays

Le Nigeria

Le résumé

« De nos jours, quelque part en Afrique subsaharienne, au Cameroun peut-être, quatre femmes s’adressent successivement au même homme : sa mère, la femme à laquelle il a tourné le dos parce qu’il l’aimait trop et mal, celle qui partage sa vie parce qu’il n’en est pas épris, sa sœur enfin.
À celui qui ne les entend pas, toutes dévoilent leur vie intime, relatant parfois les mêmes épisodes d’un point de vue différent. Chacune fait entendre un phrasé particulier, une culture et une sensibilité propres. Elles ont en commun, néanmoins, une blessure secrète : une ascendance inavouable, un tourment identitaire reçu en héritage, une difficulté à habiter leur féminité… Les épiphanies de la sexualité côtoient, dans leurs récits, des propos sur la grande histoire qui, sans cesse, se glisse dans la petite »

L’auteurice

Léonora Miano est née en 1973 à Douala au Cameroun s’installe en France en 1991 où elle étudie les lettres anglo-américaines. Si elle écrit depuis l’âge de 8 ans, c’est dans les années 2000 que ses romans se font connaître.  L’intérieur de la nuit reçoit un bon accueil et remporte de nombreux prix (Révélation en 2005, Prix du premier Roman de femme en 2006…). Son œuvre se centre sur la question de l’Africanité et de l’identité afro-européenne à l’heure de la mondialisation et du métissage des cultures. Elle aborde également la question de l’esclavage dans un roman bouleversant, La saison de l’ombre, publié en 2013.
Ces dernières années, les romans de Léonora Miano prennent un tournant résolument féministe. Elle aborde la question de la sexualité masculine avec le recueil Première Fois auquel contribuent 10 auteurs afrodescendants, puis féminine avec Volcaniques en  2015.

Pourquoi la lire?

Léonora Miano est une auteur et une voix incontournable pour quiconque s’intéresse à la question de l’identité africaine et du féminisme décolonial. Ses romans, poétiques et puissants, donnent voix à des personnages déracinés, militants, en recomposition, en souffrance avec fougue et sans désespoir. Ses portraits de femmes sont puissants et bouleversants, sans jamais tomber dans le lieu commun ou dans la victimisation. Léonora Miano nous apprend comment vivre avec ses faiblesse et ses cicatrices tout en proposant une réflexion politique et philosophique sur la question du déracinement et des identités afro-européennes.

L’air est aussi pesant que les anciens fardeaux, ces blessures souterraines dont on ne guérit pas. Les tenir secrètes, ce n’est pas seulement se garder de les dire. C’est en quelque sorte les nourrir. C’est à l’ombre que s’épanouissent certaines douleurs. C’est dans le silence que fleurissent ces obsessions qui deviennent le moteur de nos existences. Je sais nommer l’épine qui, logée en moi depuis le plus jeune âge, est ma torture et ma boussole.

Autres lectures

– La saison de l’ombre

– Crépuscule du tourmant Tome 2

– Marianne et le garçon noir

– L’impératrice rouge

– Vous trouverez de nombreux podcasts dont Léonora Miano est l’invitée sur France Culture

– Pour un portrait féministe et militant de l’autrice, aller écouter l’épisode du génialissime podcast de La Poudre qui lui est consacré

Sous les branches de l’Udala de Chinelo Okparanta

Le pays

Nigeria

Le résumé

« Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au coeur de la jeune république du Nigeria. Son père est mort et sa mère, aussi abattue qu’impuissante, lui demande de partir quelques temps et d’aller vivre à Nweni, un village voisin. Hébergée par un professeur de grammaire et son épouse, Ijeoma rencontre Amina, une jeune orpheline. Et les fillettes tombent amoureuses. Tout simplement. Mais au Biafra, dans les années 1970, l’homosexualité est un crime. Commence alors le long et douloureux combat d’Ijeoma pour réussir à vivre ses désirs et, surtout, à comprendre qui elle est : il y aura la haine de soi, les efforts pour faire ce que l’on attend d’elle, et, enfin, la puissance des sentiments, envers et contre tous… »

L’autrice

Née au Nigeria en 1981, Chinelo Okparanta émigre aux États-Unis à l’âge de 10 ans. Élevée chez les témoins de Jéhovah, elle quitte le mouvement à sa majorité.  Après des études à l’Université de Pennsylvanie, elle Elle enseigne l’anglais et la création littéraire en tant que professeure assistante à l’université Purdue puis à Bucknell avant de devenir membre de l’Université du New Hampshire.

Elle publie d’abord des nouvelles dans différentes revues et deux romans. Sous les Branche de l’Udala est le second.

Pourquoi la lire?

Sous les Branche de l’Udala est un roman important, qui mêle l’histoire de son personnage à celle de l’Afrique. De la guerre du Biafra, à laquelle assiste la narratrice enfant, à la découverte de l’homosexualité, le destin d’Ijeoma est lié à celui de sa mère, femme chrétienne, abattue par la guerre et la famine. Ce roman, qui retrace le parcours de son héroïne jusqu’en 1980, est prenant et nous plonge dans une histoire profonde et un sujet de société fondamental dans un pays où les relations homosexuelles sont encore illégales et passibles de prison.

Si vous vous lancez dans une chasse aux sorcières, vous finirez bien par en trouver une. Quand vous la rencontrerez, elle aura l’allure de madame Tout-le-monde. Pourtant, à vos yeux, sa peau semblera luire de rayures noires et blanches. Vous verrez son balai, vous entendrez son ricanement, et vous sentirez la puissance de ses sortilèges s’exercer sur vous. Qu’importe qu’elle ne ressemble en rien à une sorcière, car à vos yeux elle en sera bien une.

Autres lectures

Sous les branches de l’Udala est le second roman de Chinelo Okparanta. Vous pouvez donc vous plonger dans son premier livre publié, Le Bonheur comme l’eau.

 

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BEN FADHEL
BEN FADHEL
18 jours il y a

Belle sélection.
Merci pour ces conseils de lecture judicieux.
ABF

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