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Culture Séries

L’attaque des Titans, une leçon de narration gargantuesque

Par Julien · 20 mai 2020 · Aucun commentaire

(source SNK - Wit Studio)

Ecrit par Julien

Fatigué d’être confiné pour vous protéger d’une menace invisible et microscopique? Que diriez-vous vous de suivre l’histoire d’une humanité cloîtrée dans une forteresse pour échapper à des humanoïdes de 3 à 15m de haut qui ont éradiqué 99% des humains? Bienvenue dans le monde joyeux et optimiste de 進撃の巨人 (Shinjeki no Kyujin) connu en francophonie sous le nom de « L’Attaque des Titans », un animé adapté du manga éponyme de Hajime Isayama, dont la plus grande qualité est sa narration.

A table! (source : SNK – Wit Studio)

Un petit air de paradis

« Ce jour là l’humanité s’est souvenue de la terreur d’être dominée par eux. De l’humiliation de vivre enfermée dans une cage »
Ces mots sont les premiers prononcés par la narratrice à l’apparition du titan dit colossal dont l’existence va assez peu réjouir les habitants du district de Shinganshina qui se fera raser dans les minutes qui suivent.

District de Shinganshina, 5 minutes avant destruction (source : SNK – Wit Studio)

« L’attaque des Titans » nous parle d’un monde ravagé un siècle plus tôt par des Titans, des humanoïdes géants apparus soudainement et ayant littéralement dévoré 99% de l’humanité. Les survivants (2 à 3 millions de personnes) se sont réfugies dans une forteresse de 1000 km de diamètre entourée par trois murailles concentriques de 60m de haut, indestructibles même pour les titans. Pour situer, on fait tenir la France dans cette superficie. Bref, de quoi vivre relativement sereinement dans un espace raisonnable (4 pers/km²).

La ville de Nördlingen, inspiration du bastion humain (source : Wikipedia)

Le début de l’histoire verra cette relative sécurité ébranlée : une ville ravagée, une enceinte qui s’avèrera inutile, réduisant de 40% le territoire de l’humanité. L’autorité en place n’hésitera pas à sacrifier près de 10% de la population, sous prétexte d’une vaine reconquête, pour éviter une famine.

C’est dans ce contexte désopilant qu’Eren jurera de tuer tous les titans (il a vu sa mère se faire dévorer, excusez du peu), accompagné dans sa quête par Mikasa et Armin ses deux amis d’enfance.

Déconstruction des clichés

Avec un tel postulat, difficile de ne pas penser à un manga à la « Naruto » : le héros, adolescent et orphelin, a  vécu un drame et va surmonter les épreuves pour devenir le plus fort et vaincre l’adversité grâce au pouvoir de l’amitié et trouver sa place dans un monde hostile et finalement  œuvrer à l’amélioration de celui-ci.

Ici l’adversité ce sont des nudistes de 15m de haut, totalement décérébrés et ayant pour seule occupation de manger des humains. Autant dire que le pouvoir de l’amitié, ils s’en battraient les couilles s’ils en avaient (ils sont à priori asexués). Pour abattre un Titan il faut de la discipline, de la technique, l’équipement idoine et pas mal de bol. Autant dire que tous les tuer risque de prendre un peu de temps et ne se fera pas en solo.  Cet état de fait est valable du premier épisode au dernier de la saison 3.

Lutte désespérée face aux Titans (source : SNK – Wit Studio)

Second point : Eren est une tête de con sans réel talent. Attention, après son entrainement de trois ans au sein de l’armée, c’est une excellente recrue. Mais il n’a rien de surhumain et est loin d’être le soldat le plus talentueux ou charismatique de l’histoire. Sa seule réelle spécificité est finalement d’être suivi par le spectateur.
Le côté borné reste par contre. La seule motivation d’Eren sera la vengeance. Certes, en l’accomplissant il sauve des vie et contribue à la survie de l’humanité. Mais ce n’est qu’une conséquence de son ambition. On est loin des héros de Shōnens classiques pour qui la vengeance éventuelle ne sera qu’un déclencheur et non pas un but en soi.
Ça a l’air moyen dit comme ça, mais c’est en réalité logique. Les personnages ont leur caractère, leur histoire, leurs ambitions, et s’ils évoluent ils ne changent pas par magie. Leurs réactions sont globalement logiques et cohérentes face à ce monde violent qui est le leur.

Maîtrise de la narration

Levi (Rivaï à la Japonaise), de très loin le soldat le plus fort de l’armée humaine avec son équipement anti-titan (source ; SNK – Wit Studio)

Comme je le disais, si « L’Attaque des Titans » fonctionne c’est en  premier lieu grâce à la cohérence des personnages qui ont des réactions généralement plausibles et logiques. Pas de grand discours sur l’amitié ou la volonté. Juste des humains qui se posent des questions sur leur situation concrète et cherchent à l’améliorer. Et forcément des luttes de pouvoir, parce qu’ils ont beau avoir été pratiquement exterminés, ils restent des homo sapiens

L’autre point maîtrisé est la trame. Les retournements de situations n’en sont pas vraiment, ou plutôt ils surprennent mais étaient rétrospectivement prévisibles ou a minima cohérents. Et enfin, les grosses révélations sont faites avec tellement de naturel sans tambour ni trompette qu’on réalise généralement plusieurs minutes après l’énormité de ce qu’on vient d’apprendre. Le double effet kiss cool de tout ça, c’est qu’en revisionnage, on se rend compte des détails qui laissent présager la suite mais qu’on ne pouvait pas comprendre la première fois. A voir et revoir donc.

Enfin, l’idée de génie ultime de Hajime Isayama c’est l’équipement des soldats, dit de manœuvre tridimensionnelle, qui leur permet par un jeu de grappins et tuyères à gaz de voltiger entre les bâtiments, forêts, voire titans eux-mêmes, pour les frapper dans la nuque, leur seul point réellement vulnérable. Cela donne des combats dynamiques où les humains utilisent agilité et ingéniosité plutôt que force brute pour vaincre leurs adversaires.

Au fil du temps, si la lutte contre les Titans reste le fond du problème, la série passe du survival à lutte de pouvoir politique avec des bouts d’enquête. C’est un autre tour de force, la série se réinvente suffisamment pour maintenir le spectateur en haleine.

Saturne dévorant un de ses fils – Goya (source : Wikipedia)

Inspiration occidentale

巨人 (Kyujin) dans le titre japonais désigne un géant au sens mythologique. Mais pourquoi les avoir traduits par Titans? la réponse est simple, leur design est clairement inspiré par Goya et son interprétation du mythe de Saturne/Kronos. Tout l’aspect grotesque et bestial est retranscrit dans « L’Attaque des Titans », ceux-ci étant souvent difformes.

La structure de la forteresse quant-à-elle a été inspirée, entre autres, par la ville bavaroise de Nördlingen, tant dans sa forme générale qu’au niveau de l’architecture. Il est d’ailleurs à noter qu’en dehors de l’équipement anti-Titans, le niveau technologique de l’humanité semble osciller de la fin de la renaissance au début de l’ère industrielle. Plus on se rapproche du centre, plus le niveau de vie s’élève pour arriver au district central très victorien dans son allure et son ambiance.

De part son allure et ses noms, la population est européenne voire germanique. Mikasa, ça sonne pas très germanique, mais il est clairement précisé qu’elle est l’une des dernières descendante d’un clan asiatique. Ouf, la cohérence est sauvée.

Bref vous l’aurez compris, cette série a enfin permis au manga de percer aux USA c’est grâce à la combinaison de tous ces facteurs qui en font une œuvre majeure du manga. Je dois bien avouer que c’est avec un regard sceptique et une sacrée envie de dire que c’était au mieux « moyen » que j’ai commencé cette série. Trois saisons plus tard, c’est devenu l’un de mes animés préférés et le manga est sur la liste de lecture post-confinement.

Quoi, vous êtes encore là ? Allez voir cette série géniale. Vous avez 59 épisodes à rattraper avant l’ultime saison cet automne. Générique :

 

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