fbpx
 

Cinéma Culture

Le glaive et la balance, chef d’oeuvre oublié d’André Cayatte

Par Teddy · 5 septembre 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Teddy

Le chef d’oeuvre du cinéma des années 60, « Le glaive et la Balance », d’André Cayatte, est un des oubliés du cinéma français, et c’est bien dommage. C’est l’histoire d’un choix crucial, terrible, qui ferait vaciller plus d’une personnage tant ce dernier est très loin d’être évident.

André Cayatte. Source Allociné.

André Cayatte, bien avant d’être un réalisateur sulfureux, a tout d’abord été avocat, d’où surement sa passion pour les histoires tournant autour de la justice et  surtout de l’injustice. Car si le cinéaste a commencé sa carrière de manière « normale », à partir de 1950 et son « Justice pour tous« , l’homme s’est lancé dans ce que l’on peut appeler une analyse de la justice, offrant au public des films qui abordent de près comme de loin le judiciaire, et parfois même avec des sujets brûlants comme le détournement de mineur ou encore la pédophilie.

« Le glaive et la balance« , un film coup de poing et passionnant !

Source Allociné.

Après avoir réalisé, coup sur coup, deux films sur  » La vie conjugale », celle de « Jean-Marc » et celle de « Françoise« , deux films racontant la même intrigue mais avec des points de vue différents, André Cayatte est de retour l’année d’après pour un film coup de poing qui personnellement m’a laissé complètement sur le carreau, « Le glaive et la balance« .

Partant d’une idée aussi excellente que perturbante, André Cayatte va réaliser un film fabuleux emporté, dur et essentiel,  par un trio d’acteurs incroyables !

Sur la Côte d’Azur, un enfant est kidnappé. Les ravisseurs exigent cinq cent millions de Francs, sinon ils tueront l’enfant. La mère de l’enfant, Madame Winter, met la police dans la confidence et ces derniers montent donc un piège pour arrêter les ravisseurs. Le soir de l’échange, rien ne se passe comme prévu et l’enfant est tué. Les deux ravisseurs prennent la fuite, mais se retrouvent très vite piégés. Quand la police les rattrape, elle découvre non pas deux hommes, mais trois hommes. L’un d’eux est innocent, mais chacun d’entre eux se revendique être l’innocent. Après un interrogatoire, la police est dans le flou, car chacun des hommes a une version solide. Qu’importe, l’inspecteur les inculpe de meurtre et ce sera à la justice de découvrir la vérité, si elle le peut.

Préfériez vous mettre un innocent en prison où libéré deux coupables ? Voilà le dilemme de ce glaive et la balance

Quelle magnifique intrigue que voici. Trois hommes arrêtés, deux coupables et un innocent. Comment trouver qui dit vrai et qui dit faux ? Peut-être sont-ils tous innocents, ou alors tous coupables ? Voici l’idée absolument géniale que va développer André Cayatte sur plus de deux heures et quart d’un film qu’on ne va pas voir passer.

Renato Salvatori. Jean-Claude Brialy. Anthony Perkins. Source Allociné.

Bon autant le dire d’emblée, « Le glaive et la balance » est un petit bijou d’écriture. Avec ce film, André Cayatte va nous faire douter en permanence, nous faire changer d’avis à plus d’une reprise et nous faire espérer que ce ne soit pas tel ou tel personnage. Oui, avec ce film André Cayatte va faire de nous ce qu’il veut.

Une tragédie finement amenée et menée !

Sur un scénario solide et parfaitement ficelé, le cinéaste va prendre le temps de faire une tragédie en trois actes. Premièrement, de manière totalement « innocente », il va nous présenter ces trois hommes de manière séparée. Ainsi, on les découvre avant le drame et les doutes pourront commencer ici. Chacun d’eux a l’air tout à fait « rangé » dans sa vie et on les voit très mal agir pour un futur meurtre. Intelligemment amené, c’est avec un certain sadisme qu’on découvre que chacun d’eux aura de près ou de loin, un lien avec Madame de Winter, ce qui sèmera encore plus le trouble en nous pour la suite des événements.

Puis dans un deuxième temps arrive l’affaire et l’enquête. Les doutes sont encore plus présents, le scénario continue de brosser le portrait des trois hommes et nous révèle des éléments contradictoires avec le début. Les portraits si beaux du début du film ne serait-il que des façades ? Le film s’enfonce et nous largue, un peu comme le personnage du commissaire, on ne sait trop quoi penser. Manipulation ? Vérité ? Mais si la vérité est dite, alors qui sont les coupables ?

Anthony Perkins. Source Allociné.

André Cayatte poursuit sur sa ligne emmenant ses trois hommes sur le banc des accusés. Là encore, le réalisateur s’amuse avec nous. Il nous fait réfléchir. Le film fait s’affronter les arguments et les positions, c’est passionnant en plus d’être prenant. André Cayatte critique et pointe du doigt la justice. Il pose une question bouleversante de sens et de vérité. Faut-il condamner à mort un innocent ou relâcher deux coupables ? Au fur et à mesure que le jury délibère, s’interroge, le film d’André Cayatte prend des allures de plaidoyer contre la peine de mort et surtout pour la justice. C’est osé, c’est culotté même, mais c’est finalement nécessaire.

Enfin, le film se conclura de manière bouleversante. D’une injustice révoltante et malheureusement tellement humaine et pleine de bêtise. Avec ce dernier acte, André Cayatte laissera planer un doute et chacun pourra se faire sa propre conclusion sur la culpabilité de chacun. Avec ce dernier acte, André Cayatte élève ce qui était un très bon film au rang de chef d’œuvre. Un chef d’œuvre puissant, lourd de sens et de jugement, qui laisse complètement chaos.

Un trio d’acteurs mémorables, dans de très grands rôles.

« Le glaive et la balance« , en plus du doute affreux que le scénario sème en nous, c’est aussi un trio d’acteurs magnifique et improbable.

Maurice Chevit. Renato Salvatori. Jean-claude Brialy. Anthony Perkins. Source Allociné.

Imaginé, les grands Jean-Claude Brialy, Anthony Perkins (qui joue en français s’il vous plaît) et Renato Salvatori qui se donnent la réplique pour s’accuser mutuellement, franchement, il y a de quoi jubiler. Surtout qu’ils sont géniaux, car ils ont tous l’air parfaitement innocents.

Doté d’un scénario incroyable, d’une mise en scène aussi élégante, simple que puissante finalement. Porté par des acteurs magnifiques, André Cayatte a parfaitement réussi ce qu’il a entrepris et c’est petit à petit, qu’il finit par emporter son film vers ce mot que beaucoup lui envie : Un chef d’œuvre !

Aller plus loin

Le Glaive et la balance, disponible sur Amazon.

0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Read previous post:
Un serpent qui devient… papillon ?! Hemeroplanes ornatus, l’expert du mimétisme.

Vous vous doutez bien qu’il ne s’agit pas d’un vrai serpent ! Ici et maintenant, je souhaite vous faire découvrir la...

Close