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Cinéma Culture

Dans la chaleur de la nuit : le classique incontournable oscarisé qui s’attaque à l’injustice

Par Teddy · 2 mars 2018 · Aucun commentaire

Ecrit par Teddy

« Dans la chaleur de la nuit » est un film de Norman Jewinson sorti en 1967. Malgré son age, le racisme qu’il dénonce est toujours d’actualité.

Norman Jewison, immense cinéaste incontournable du cinéma Américain. 

Source Allociné

Réalisateur canadien, Norman Jewison fait ses premiers pas comme acteur et scénariste sur la BBC à Londres. Quelques années plus tard, il se lance dans la réalisation, commençant par de gentilles comédies. C’est vers le milieu des années 60 que le réalisateur va à la rencontre de la notoriété. Premièrement avec « Le Kid de Cincinnati » et surtout ce film, « Dans la chaleur de la nuit » , un polar qui lui permet de décrocher pas moins de cinq Oscars, dont l’ultime Meilleur film.

Quand on replace « Dans la chaleur de la nuit » dans son contexte, on peut aisément dire que Norman Jewison avait « des couilles » de sortir un tel film, car ce polar a pour fond la ségrégation raciale, alors même que les États-Unis et beaucoup d’autres pays dans le monde la pratiquaient encore. Joli succès en salles, le film s’est rapidement imposé comme l’un des plus grands films de son réalisateur, mais aussi comme un classique du cinéma tout court. Personnellement, de Norman Jewison, je ne connaissais que son prochain film, « L’affaire Thomas Crown » , pour lequel j’avais eu un sacré beau coup de cœur et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert celui-ci et le réalisateur m’a encore plus passionné avec « dans la chaleur de la nuit« . Il va donc falloir que je parte à la découverte de sa filmographie, surtout que quand j’y jette un œil, il y a déjà une pelletée de titres que je connais, juste de réputation.

Les années 60, le Mississippi, ses croyances, sa haine et son injustice

Un soir comme un autre dans une ville du Mississippi, le corps d’un homme d’affaires très réputé est retrouvé. La police doit retrouver le meurtrier au plus vite, car cet homme était celui qui faisait vivre la région, et le maire, comme le chef de la police, ne voudrait pas voir sa veuve fuir la ville. C’est en patrouillant que l’adjoint du shérif tombe à la gare sur Virgil Tibbs, un homme noir vêtu comme un blanc. Très vite, l’homme est sûr d’avoir retrouvé l’assassin de Monsieur Colbert. Il le ramène au poste comme un trophée. Mais Virgil Tibbs, qui est de passage seulement dans la ville, se trouve être un inspecteur de police réputé dans le domaine du crime. Après avoir été innocenté, le chef de Virgil lui impose d’aider la police de la ville pour retrouver le meurtrier. Une situation des plus complexes, car Virgil va devoir enquêter dans un état où l’homme noir reste encore le sous-fifre de l’homme blanc et un rapport de force s’installe entre lui et le shérif, qui, blessé dans son orgueil, a beaucoup de mal à admettre qu’il a besoin de l’aide de Monsieur Tibbs.

Un très grand film qui reste encore d’actualité, malgré ses cinquante ans

« Dans la chaleur de la nuit » , rien que le titre me donnait envie de découvrir ce film et moi qui m’attendais à voir qu’un petit polar sympa, je me suis retrouvé devant un grand film, qui va prendre le polar comme prétexte pour parler de la société, des mœurs et dénoncer sa façon de penser.

Source Allociné

Ce qui est terrible avec ce film, c’est que Norman Jewison ne néglige rien. Son scénario, c’est du béton armé qui va jusqu’au bout de chacun des sujets qu’il aborde. Le film mélange habilement l’enquête et les mentalités de l’époque pour finalement dresser un portrait réaliste, lourd et peu glorieux de certains états de l’Amérique, alors en pleine évolution. « Dans la chaleur de nuit » m’a totalement passionné de bout en bout. Le réalisateur installe plusieurs tensions dans son film. Il y a beaucoup de suspens. Le film nous tient en haleine, proposant plusieurs suspects, proposant des indices dispatchés au compte-goutte et jusqu’au bout de son film le réalisateur arrive à tenir son meurtrier dans l’ombre et c’est génial. Mais le suspens ne s’arrête pas ici, puisque le film en développe beaucoup en ce qui concerne l’avenir incertain de Virgil Tibbs, qui tout en enquêtant se retrouve confronté à la fureur, la frustration et l’incompréhension de certains des habitants de la ville qui voient en lui un affront à leur suprématie. On aurait pu craindre que le réalisateur en fasse trop, et qu’il tombe aussi dans la leçon, mais ce n’est absolument pas le cas. Le film reste nuancé, Norman Jewison montre du doigt, dénonce, mais n’oublie jamais que son film est aussi une enquête, un divertissement et c’est avec beaucoup de subtilités qu’il aborde ce sujet très chaud pour l’époque, sans matraquer son spectateur de leçons et c’est l’une des très grandes forces de ce film et peut être bien du cinéma de cette époque, où l’on laissait le spectateur réfléchir par lui-même.

« Dans la chaleur de la nuit » est aussi un film qui a énormément de gueule. Âpre, sombre, violent, Norman Jewison développe une ambiance fabuleuse, saisissante pour son film. La mise en scène est pourtant très simple, mais elle est diablement efficace. Il n’y a pas vraiment de très grandes scènes marquantes, c’est un peu tout le film qui s’impose peu à peu grâce à sa rigueur pour finalement s’imposer comme un très grand film. C’est aussi avec un très grand plaisir que j’ai découvert un film qui n’a pas pris une seule ride. Pour ceux qui ont l’oreille musicale, sachez que le film détient une BO soul de l’époque absolument sublime. C’est un vrai plaisir à écouter et le générique de Ray Charles est magique.

Sidney Poitier, la révélation d’un acteur incroyable et le premier chapitre d’un très grand rôle

C’est la première fois que je vois Sidney Poitier à l’écran en sachant qui il est, et c’est pour moi la découverte d’un immense acteur. Il est incroyable, il parle peu, mais dégage un charisme intense, son regard est lourd de sens. Son personnage est très touchant, car c’est un retour en arrière violent qu’il subit, j’avoue avoir été assez bouleversé par la façon qu’il a de faire face à tout ceci. Puis je trouve le personnage et l’acteur encore plus touchant quand je replace le film dans son époque. « Dans la chaleur de la nuit » , c’est la confrontation, le respect, et la fascination mélangée à l’intrigue de deux grands acteurs, puisque Norman Jewison a mis en face de Sidney Poitier, Rod Steiger en shérif de ville partagé entre deux sentiments. L’acteur tient là un grand rôle et d’une certaine façon son personnage m’a touché aussi de par ce changement qu’il ne sait pas trop comment gérer. À noter qu’on peut trouver dans ce film Scott Wilson (Herschel dans la série « The Walking Dead » ), dans l’un de ses premiers rôles.

Source Allociné

Bref, je le redis, « Dans la chaleur de la nuit » est un grand film. C’est un film en permanence sous tension, un film très classique pourtant, mais qui à force de conviction, d’ambiance, de suspens, de messages sans leçon de moral, s’impose comme l’un des piliers du cinéma américain des années 60.

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