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Tribune: Le wax est africain, vos choix le sont moins

Par Andie · 24 mars 2020 · Aucun commentaire

Photo by Eva Blue on Unsplash

Ecrit par Andie

Ces dernières années le wax est au centre de critiques virulentes bien-pensantes qui l’accusent d’être un tissu colonial et appellent à un boycott du wax. D’où vient ce tissu et pourquoi est-il critiqué ?

Un tissu voyageur

Le wax est inspiré du batik, un tissu traditionnel indonésien fabriqué avec de la cire («wax» en anglais).

Cette cire utilisée pour créer des dessins empêche la teinture de pénétrer le tissu laissant ainsi les zones protégées dans leur couleur d’origine. Le procédé est répété pour créer des motifs complexes.

Au 19ème siècle, les colons hollandais installés en Indonésie industrialisent sa fabrication et l’amènent dans leur colonie en Afrique de l’Ouest. Vous l’aurez compris, c’est avant tout un procédé technique.

Les créateurs africains sur le front
wax

©Fire Africa Fierty

Jean-Patrick Mamboundou ne décolère pas face à cette avalanche médiatique anti-wax. Pour ce créateur d’origine gabonaise le procédé technique a bien été importé pendant les heures sombres de la colonisation mais «les motifs du wax eux sont bien africains».

Sa marque Fire Africa Fierty qui habille déjà des personnalités comme l’écrivain Alain Mabanckou fête le wax, le décline en vestes, robes, chaussures et sacs.

Le créateur regrette que certains stylistes aient fait du refus du wax une marque de fabrique marketing. Il dénonce un faux combat qui pourrait déstabiliser de nombreux petits commerçants et tailleurs en Afrique qui vivent de ce tissu depuis plusieurs générations.

Dans le viseur, Imane Ayissi, un créateur d’origine camerounaise qui a récemment présenté sa collection à la fashion week de Paris. Dans une interview pour France 24, Ayissi clame sa volonté de promouvoir des tissus africains traditionnels peu connus aux yeux du monde « sans renier les autres tissus qui viennent d’ailleurs ou adaptés à l’Afrique de notre époque ».

Néanmoins en apparaissant à la fashion week haute couture, Ayissi perpétue cette tradition de tissu traditionnel artisanal, pas industrialisé, complexe à produire donc onéreux et peu accessible au plus grand nombre depuis toujours.

Imane Ayissi

(Photo by Francois Durand/WireImage for Imane Ayissi)

Une arme économique

La question a envahi les esprits. Faux-symbole d’un passé douloureux, le tissu est le bouc émissaire de maux non-cicatrisés. Il semblerait pourtant que ce ne soit pas l’aspect historique qu’il soit important de mettre en avant ici mais l’aspect économique. Car le néocolonialisme est lui également économique.

Si le wax est en majeure partie vendu sur le continent africain, il est regrettable qu’il soit principalement fabriqué en Europe et en Chine.

Mais de nombreuses sociétés peinent à rivaliser face aux prix du wax chinois parmi lesquelles Batex-CI au Mali ou Enitex au Niger.

Comme toujours les choix du consommateur seront décisifs.

wax tissu africain

Photo by Eva Blue on Unsplash – wax

Ne surtout pas céder aux sirènes bien-pensantes qui attendent des africains qu’ils abandonnent un tissu présent depuis plus de deux siècles sur le continent, qui fait partie intégrante de sa culture, en emprunte les codes, les motifs, l’esthétique, un tissu principalement acheté par les africains pour des africains, un tissu qui aura rapporté quelques 300 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2015 à la société VISLCO, le géant hollandais du wax.

Il s’agit de faire un choix économique pro-Afrique au lieu d’écouter les réflexions courtes d’ego meurtris pour qui les pâtes sont bien italiennes, de certains qui appuient la promotion de tissu plus traditionnels  sur un dénigrement du wax laissant ce marché porteur à d’autres.

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